Lance Pierre - mercredi 25 février 2009
agriculture
Les paysans ne sont évidemment ni pires ni meilleurs que les autres hommes, même si l’atavisme séculaire du terroir les incite à se plaindre toujours, par précaution. Mais j’ai toujours témoigné beaucoup de respect aux agriculteurs, qui représentent la base indispensable de toute civilisation. Que deviendraient nos brillants intellectuels, nos dynamiques industriels, nos talentueux artistes, nos distingués professeurs, nos pontifiants médecins, nos tonitruants avocats si personne ne s’occupait de remplir leurs assiettes ?
On a coutume de dire « Quand le bâtiment va, tout va ! », mais je crois que l’on peut dire aussi, et plus que jamais : « Quand l’agriculture va mal, tout va mal ! ». Or, notre agriculture périclite, parce qu’en devenant intensive elle est devenue contre-nature, trahissant la terre nourricière à qui elle devait tout. Est-ce la faute des paysans ? En partie sans doute, mais leur principale erreur n’est-elle pas de s’être laissés guider par des professeurs d’agronomie, eux-mêmes influencés par les fabricants de pesticides, fongicides, insecticides et autres antibiotiques, et puis d’être tombés sous la mainmise des banques prêteuses et sous la pression de gouvernements voulant nourrir à tout prix les hordes natalistes d’une planète surpeuplée ? Or, nous allons tout droit vers une apocalypse alimentaire.
Le FIDA (Fonds International de Développement Agricole), une institution des Nations Unies fondée en 1977, qui s’était donné pour mission de « combattre la faim, la malnutrition et la pauvreté » dans le tiers-monde, et qui n’a cessé d’y développer l’agriculture intensive, entend bien continuer de plus belle, grâce aux engrais chimiques et aux pesticides qui pourrissent la planète et aux OGM des apprentis-sorciers.
Sachez, à titre d’exemples, que le FIDA a développé depuis 1979 pas moins de 12 projets de développement rural rien que pour Madagascar, projets totalisant 137,7 millions de dollars. Et il vient d’accorder, le 6 février 2009, 23,33 millions de dollars à la République « démocratique » du Congo. Je doute que ces pays en plein désordre puissent tirer un vrai profit de ces largesses. Bien entendu, il ne vient pas à l’idée de ces distributeurs de nos impôts de préconiser la réduction mondiale de la natalité, bien qu’elle soit le seul et unique moyen d’avoir une chance de sauver notre Terre.
Mais revenons chez nous. Sans que je veuille les culpabiliser outre mesure, je dois dire que nos agriculteurs français ont une immense responsabilité. La France est la deuxième puissance agricole du monde et la première européenne.
Elle est aussi championne de l’utilisation des pesticides cancérigènes dont la progéniture de nos paysans est la première victime. Il y a deux fois plus de fausses couches, de bébés morts-nés, de malformations natales et de cancers dans la descendance de nos agriculteurs que dans l’ensemble de la population. Quand va-t-on arrêter ce massacre ? Quand nos paysans vont-ils se décider à revenir à des cultures naturelles et saines ? 78 % des Français jugent prioritaire de développer l’agriculture biologique (sondage CSA 2007). La demande d’aliments « bio » ne cesse d’augmenter en France, mais nos paysans sont incapables de répondre à cette demande et nous devons importer 50 % de notre consommation « bio ».
Oui, vous avez bien lu : la deuxième plus grande puissance agricole mondiale (en fait la première par rapport à sa surface) est obligée d’importer des aliments sains ! N’est-ce pas le comble de l’aberration ? 2 % seulement de nos terres agricoles sont consacrées à l’agriculture biologique, alors que nos voisins européens lui en accordent 3, 4, 5 et 6 fois plus ! On nous dit que les pouvoirs publics n’aident pas assez nos agriculteurs « bio ». C’est sûrement vrai. Mais à qui fera-t-on croire qu’une filière de production qui a déjà deux fois plus de clients potentiels qu’elle n’est capable d’en satisfaire ne peut se développer sans aide publique ? L’actuel Salon de l’agriculture s’est enfin placé résolument sous le signe de l’écologie, du « bio », du développement durable et de la protection de l’environnement.
J’espère que c’est le signe du réveil de nos paysans, et qu’ils vont se décider à sauvegarder leur propre santé et celle de leurs compatriotes en revenant au respect de la nature. Car personne n’a envie de devoir dire un jour qu’ils sont « bêtes et méchants » !
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