Pascallon Pierre - mercredi 30 juin 2010
Nous avons connu, en 2007-2008, une crise exceptionnelle du capitalisme financier mondialisé sous domination américaine.
Bien sûr, en première analyse, cette crise peut se lire comme l’une des crises du capitalisme contemporain. Elle a eu en effet le même visage que les crises habituelles du capitalisme contemporain, à savoir la forme d’un krach bancaire et boursier. Et la même origine que les crises habituelles du capitalisme, à savoir les excès d’endettement des périodes d’euphorie.
Mais, au-delà, il faut dire que la crise de 2007-2008 a été le plus grand krach financier qu’ait connu le capitalisme.
Il faut surtout insister sur le fait que cette crise – déclenchée sur la principale place financière du moment, qui est aussi le cœur économique et politique du monde, les États-Unis d’Amérique – est le « marqueur » de la « fin » de l’hyperpuissance américaine. Voici venir le temps du déclin relatif des États-Unis.
Cette crise se prolonge en une longue, difficile et dangereuse phase de transition… probablement jusqu’aux années 2030.
Nos nations, et les USA en particulier, sont entrées dans la phase descendante d’un cinquième cycle long de Kondratieff, qui a eu sa phase ascendante de 1900 à 2007. Nous sommes entrés dans une période comportant des risques de désordres géo-économiques et géo-stratégiques certains.
On peut penser que nous sommes condamnés à une longue période de stagnation, de croissance molle, car la croissance par endettement privé infini des acteurs est désormais terminée et la croissance par endettement public infini des États est impossible.
Cette perspective de tassement économique va accentuer les rivalités accrues entre les États.
L’érosion de la puissance américaine et la montée des puissances émergentes (la Chine en particulier) vont conduire à un « polycentrisme mondial », c’est-à-dire une scène internationale avec de nombreux pôles, loin du monde unipolaire des années 2000.
Cette perspective est également source de tensions accrues. Il n’est pas exclu que ressurgissent dans ce monde des conflits interétatiques, des guerres de haute intensité.
Il faudrait dès lors s’attacher à montrer plus en détail que les conflits et les guerres sont bien au cœur des périodes de crise et de transition marquées par le basculement de domination.
Historiquement, en effet, le basculement des leaderships s’est toujours traduit par des « guerres de trente ans », des « guerres systémiques », des « guerres hégémoniques ». Et un conflit entre la puissance déclinante (États-Unis) et la puissance montante (Chine) paraît envisageable.
Encore faut-il prendre en compte le fait que cette période de crise et de transition va se dérouler dans un univers nucléarisé.
Il est sûr, en effet, qu’à l’horizon 2030, malgré les efforts actuels de dénucléarisation du monde du Président Obama, le nucléaire militaire sera loin d’avoir disparu dans l’arsenal de défense des nations.
Et, si une nouvelle utilisation, demain de l’arme nucléaire paraît a priori exclue, elle n’est pourtant pas complètement improbable.
Ce n’est qu’à l’horizon 2030, au sortir du monde polycentrique, instable et dangereux de la période transitoire, que l’on peut « normalement » espérer retrouver autour de la Chine hégémonique un nouvel « ordre mondial ».
Il restera pourtant encore, dans ce nouvel ordre mondial, des possibilités de déséquilibres, de tensions et de conflits, tant il est vrai qu’il n’existe aucun précédent historique d’un monde complètement, totalement, définitivement équilibré et stable, ordonné et pacifique…
Pierre Pascallon
Pascal Hortefeux
Hier la crise,
Demain la guerre?
L’Harmattan
296 pages – 28 €
À commander auprès de notre service abonnements (+5,50 euros de port)
4 Vérités-DIP 18 à 24, quai de la Marne 75164 Paris Cedex 19 OU
OU ACHETER SUR AMAZON
3 commentaires - Ecrire un commentaire
|