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Nucléaire iranien : règlements de compte à Washington


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Artur du Plessis Laurent - mercredi 12 décembre 2007

etats-unis, iran
La dernière synthèse - National Intelligence Estimates (NIE) - du Renseignement national américain, qui regroupe les seize principales agences d’espionnage des États-Unis, a enchanté les ennemis de George W. Bush, dont le président iranien Mahmoud Ahmadinejad : Téhéran aurait « interrompu son programme d’armement nucléaire à l’automne 2003 ».

Ce rapport paradoxal a soulevé certains problèmes négligés par les médias. Ainsi, concernant l’arrêt complet de toute activité à visée militaire, deux des seize agences émettent des doutes. Il y a de quoi : en août 2002, ce ne sont ni les services de renseignement américains, ni l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) qui ont révélé au monde l’existence d’un programme nucléaire iranien développé en secret depuis 18 ans, mais le Conseil national de la révolution iranienne : cette organisation d’opposants au régime des mollahs fait de l’excellent renseignement « humain » - par opposition au renseignement « technologique » - grâce à ses nombreux informateurs en Iran.
Les services secrets américains, de culture WASP, sont malhabiles en milieu musulman. L’Iran est trois fois et demi grand comme la France, montagneux, totalitaire, d’un orientalisme déroutant. Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique et auteur de « L’Iran, la prochaine guerre » (Le Cherche Midi), estime qu’« en fait, personne ne sait si ce programme demeure suspendu ou s’il a repris : en effet, le rapport ne s’engage pas sur ce qu’il en est advenu après juin 2007. »

Le rapport a révélé que l’Iran a importé récemment de la matière fissile de qualité militaire, sans que l’on sache ce qu’elle est devenue. De quoi nourrir des soupçons sur un programme militaire secret… Le rapport souligne que Téhéran veut conserver la possibilité de déclencher à tout moment la fabrication de la bombe atomique.

Le rapport a resserré l’estimation des délais dans lesquels l’Iran pourrait produire suffisamment d’uranium hautement enrichi pour fabriquer la bombe : évoquant jusque-là 2010-2015, la communauté du renseignement parle maintenant de la fin 2009. Les installations « duales » – à finalité civile comme militaire – sont en activité. Dans l’usine d’enrichissement de Natanz, les centrifugeuses P1 fonctionnent en cascade. Et l’Iran avait acheté au Pakistan la technologie des centrifugeuses P2, plus performantes, probablement testées dans une installation secrète. Tertrais estime que « l’Iran pourrait avoir la bombe atomique dès fin 2008.
C’est un scénario extrême qui implique que les 3 000 centrifugeuses iraniennes fonctionnent bien, jour et nuit, mais il est possible. » Autre scénario envisageable : le passage du civil au militaire. « D’ici fin 2008, explique Tertrais, l’Iran peut enrichir civilement de l’uranium, c’est-à-dire obtenir un matériau enrichi à 3 ou 4 %. Très tranquillement. Puis, une fois réalisée cette étape qui est la plus difficile, en quelques semaines, passer à un enrichissement à 90 %, le seuil militaire. »

Le rapport impute aux sanctions internationales contre l’Iran la cessation des activités nucléaires militaires fin 2003. Il appelle au renforcement des sanctions. Mais sa publication a incité la Russie et la Chine à annoncer qu’elles ne voteraient pas une nouvelle résolution au Conseil de sécurité de l’ONU contre l’Iran.

La déclassification du NIE résulte d’un affrontement entre le vice-président, Dick Cheney, et le secrétaire à la Défense, Robert Gates. Ce dernier a reçu l’appui du chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, qui a averti la Maison-Blanche : si elle enterrait le document, il serait porté à la connaissance du public d’une manière ou d’une autre. Cela infligerait à la présidence un dommage politique encore plus grave. Objectif : empêcher Bush de mettre à profit ses derniers mois de mandat pour recourir à l’option militaire qu’il évoquait depuis plus d’un an. À Washington, le combat fait rage entre partisans et adversaires de la solution militaire.

Les Israéliens, persuadés que Téhéran ment, sont catastrophés par l’irruption de ce rapport. Le président américain, épaulé par le gouvernement français, affiche une détermination sans faille : « L’Iran était dangereux, l’Iran est dangereux, et l’Iran restera dangereux s’il a le savoir-faire nécessaire pour produire une arme nucléaire », dit-il. Mais ce rapport lui complique la tâche. Et pourrait précipiter la fabrication de la bombe atomique iranienne en donnant au régime des mollahs la certitude de l’impunité.

Bombarder ou pas l’Iran ? La question sera à nouveau posée, dans les derniers mois de la présidence de Bush ou sous le règne de son successeur…

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