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Obama et le retour de Brzezinski


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Bonnal Nicolas - mercredi 10 décembre 2008

obama
Comme on pouvait s’y attendre, Obama s’entoure de conseillers beaucoup plus intelligents que certains nous l’annonçaient. Il va devoir gérer l’incroyable bilan de Bush, que même ce dernier, enfin réveillé de son rêve mystico-guerrier, commence à regretter. Dans le même temps, le Terminator des années 80, Arnold Schwartzenegger doit combattre les incendies qui ravagent une Californie à deux doigts de mettre les clés budgétaires sous la porte…

On s’est beaucoup moqué de Carter, mais on ferait mieux de se taire.
Sous Carter, il n’y avait pas de déficit budgétaire, à peine un déficit commercial. C’est Carter qui a commencé à pacifier le Moyen-Orient (et aujourd’hui Roger Cohen dans le NY Times critique l’ultrasionisme de Bush qui n’a abouti à rien et a plutôt nui à Israël). C’est Carter qui a donné à l’Occident une supériorité morale définitive en imposant la culture des droits de l’homme. C’est Carter qui a encouragé la voie des réformes capitalistes en Chine, initiées par Deng Xhiao Ping. Enfin, c’est Carter et son conseiller Zbigniew Brzezinski qui ont attiré les Soviétiques dans le piège afghan. Brzezinski, beaucoup plus que Kissinger, s’est imposé comme l’archange de cette époque eschatologique, qui a organisé ce monde multipolaire et crépusculaire. On a reproché à Carter sa faiblesse dans l’affaire de l’ambassade américaine, mais maintenant un des anciens acteurs de cette affaire est président de l’Iran, et qu’a fait Bush contre lui ?

On a accusé Brzezinski d’avoir armé les talibans et le terrorisme islamiste à l’époque. Lui répond que tout valait mieux que le communisme. En quelques années, l’Afghanistan a eu raison du soviétisme comme l’Irak de l’américanisme. Grâce à lui, l’Europe devint libre.
Mais est-on plus heureux pour autant vingt ans après ? L’Europe est un continent divisé, déprimé, sa natalité a été divisée par deux et l’on risque des guerres internes. L’OTAN divise l’Europe continentale en deux, et Obama va pousser à cette division en intégrant l’Ukraine, la Pologne et une poussière d’États manipulés dans le camp « occidental » contre l’Europe continentale qui va de l’Atlantique à l’Oural.
Brzezinski est beaucoup plus compétent que les néocons pour gêner la construction grand-continentale, comme dit Jean Parvulesco, et l’intégration de la Russie qu’il hait pour des raisons peut-être personnelles (réfugié polonais). Il est clair que l’Europe unie politiquement gêne des intérêts supérieurs, notamment ceux de la Trilatérale, dont il fut l’un des architectes, qui vise tout simplement à créer ce mondialisme de supermarché que j’ai vu s’édifier sans effort en Amérique du sud, comme jadis en Asie du sud-est. En Europe, c’est plus compliqué, et cela déplaît en haut lieu.

Pour contourner la construction euro-russe, il est vraisemblable que Brzezinski s’appuiera sur la Chine. L’union de l’empire du milieu et de l’empire de la dette, comme dit Bill Bonner, est très proche. La Chine ne peut laisser périr son débiteur sans crever elle-même. Cette union était annoncée par un grand auteur oublié, Cordwainer Smith, et par d’autres. Et elle pourrait contrebalancer une montée de la puissance euro-russe.
Mais il y a un autre hic : l’affaire des Grands Balkans, comme dit le maître lui-même, en évoquant l’Asie du sud.
Les attentats de Mumbai ne sont pas innocents. Ils vont bien au-delà de l’islamisme imbécile auquel on va les attribuer, et qui commence, celui-là, à n’avoir que trop servi (il me fait penser au Goldstein de 1984, livre le moins lu du siècle dernier)… On ne sait pas quels services ou sévices secrets ont pu les mettre au point avec tant d’efficacité. Ils peuvent déclencher une guerre nucléaire entre les deux frères ennemis de cette partie du monde et modifier la géopolitique à venir.

Accuser le Pakistan, victime collatérale des sottises de l’Otan en Afghanistan depuis vingt ans, ne fera qu’envenimer la situation
. C’est bien ce que veulent certains. Une dernière guerre suivant une dernière crise pour faciliter la mise en place du gouvernement planétaire ?
C’est pourquoi j’en reviens encore à Sarkozy. Lui est conscient des choix à venir pour l’Europe : un microbe désintégré ou une puissance continentale. Et il a face à lui des stratèges autrement plus doués que les néocons de l’époque Bush déjà révolue. Mais que Brzezinski et Obama se méfient : les stratégies trop fines finissent souvent en catastrophe…

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