de Beaufort Hubert - lundi 05 septembre 2011
petrole
Curieuse époque qui voit à la fois le progrès technique explosé et l’information utiliser les médias pour tenter de résoudre les crises en cours par des incantations lénifiantes célébrant des avancées dites démocratiques.
Dressons un panorama de la situation réelle du Moyen Orient en allant de l’ouest vers l’est.
Commençons par le Maroc : certes la nouvelle constitution massivement adoptée autorise une gouvernance plus occidentalisée, mais elle ne résout pas le dilemme posé à une population de 35 millions d’habitants qui connaît un salaire moyen de 300 euros avec l’arrivée sur le marché du travail de 350 000 jeunes chaque année. Le mirage de la consommation occidentale, s’ajoutant à un chômage endémique, rend la situation sociale très instable.
Ensuite l’Algérie qui doit elle aussi faire vivre 35 millions de nationaux, mais peut s’appuyer sur ses productions de pétrole et de gaz. Ce sont des atouts, mais malheureusement le régime dictatorial en place bloque le développement économique. L’ouverture politique est indispensable, mais est-elle possible sans révolution ?
Plus à l’est, la Tunisie est certes beaucoup plus libéralisée, mais sans manne pétrolière. Elle s’appuie sur le tourisme et la sous-traitance, ne proposant que de petits salaires à une jeunesse avide de consommer. Le renversement du régime Ben Ali ne résout pas la question économique, et les troubles latents actuels ont asséché le tourisme et les investissements. Comment faire admettre à la population une rigueur indispensable ?
Nous arrivons en Libye, où la guerre civile met l’Occident face à une cruelle interrogation : quel régime sera à même de résoudre le chaos actuel ? Il aurait fallu méditer sur l’adage bien connu : « on sait comment débute une guerre, on sait rarement comment elle se termine ». Espérons que nos dirigeants ont une solution.
Mais c’est l’Egypte qui pose à notre sens le plus grave dilemme : 85 millions d’habitants, une démographie toujours explosive, un salaire de 100 euros par mois, des importations alimentaires indispensables, une révolution ayant tari le tourisme et paralysé l’industrie. Qui nourrira la population dans les mois qui viennent ? Voilà la question à résoudre.
Dans notre énumération, viennent ensuite la Syrie, le Yémen, et les pays du Golfe persique. C’est en Syrie et au Yémen que les mouvements révolutionnaires sont les plus inquiétants : ils veulent le changement, mais quel changement ? Protester n’est pas construire et personne ne voit d’issue facile.
Quant au Golfe persique, ses ressources énergétiques sont telles que les gouvernants disposent de temps pour réformer leurs pays. Cela pose d’ailleurs la question des importations pétrolières, car nous dépendons toujours des productions de l’Arabie saoudite pour maintenir un cours raisonnable du baril.
Ce tableau synthétique n’est évidemment pas très optimiste, mais il devrait inciter les gouvernants occidentaux à une lucidité géopolitique trop souvent absente. Nous nous trouvons peut-être à un tournant de civilisation, mais en tout état de cause les USA, l’Europe et la France doivent aborder les mois et les années à venir avec objectivité et détermination. C’est le message que nous devons tous faire passer.
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