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Oui, il nous faut une vraie démocratie directe |
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Courrier - mercredi 03 août 2011
Je salue le fait que Pierre Audabram, par son article du n° 800, ouvre un débat clair et sincère sur le sujet de la démocratie directe. Je veux donc partir de sa conclusion : « Je crains qu’elle (la démocratie directe) ne soit pas autre chose qu’un piège tendu par l’établissement ».
Si l’auteur appelle « établissement » les forces politiques et économiques qui nous dirigent, je pense qu’il commet une erreur. Les forces politiques et économiques de notre pays ne souhaitent absolument pas voir le peuple, les individus, prendre en mains leurs destinées ; ils sont trop confortablement installés dans un système centralisé, centralisateur, qui protège leurs intérêts. Du moins le croient-ils !
Comme Pierre Audabram j’ai rêvé de voir la démocratie directe triompher dans notre pays. Mais, contrairement à lui, depuis que j’ai vécu et travaillé en Suisse, je souhaite que mon rêve devienne réalité. Le contre-exemple du Japon ne me semble pas constituer un bon argument. En effet, ce pays, que je connais aussi pour avoir travaillé avec des Japonais à distance et sur place lors de voyages professionnels, possède une très longue tradition religieuse et monarchique. Le lien entre les citoyens et leur culture ancestrale leur permet une cohésion de comportement que nos républiques ne savent plus du tout protéger.
Par contre, en France, par chance, nous avons conservé des spécificités régionales fortes, aussi bien dans les domaines culturels que dans ceux des attitudes économiques. Pour prendre quelques exemples simples, comment peut-on imaginer que des lois fabriquées par le pouvoir central puissent satisfaire de la même manière un habitant de la Corse, de Bretagne, d’Alsace et d’Île de France ? Chacune de ces régions possède des attitudes, des comportements et des contraintes qui ne peuvent se satisfaire de règles communes décidées par un État qui n’existe que par son administration centrale et ses prélèvements fiscaux.
À l’intérieur même de chacune de ces régions, qui peut penser qu’un habitant de Rennes ait les mêmes exigences en matière de culture et d’équipements structurels que celui d’un petit village de la Bretagne profonde ? Une telle région a bien évidemment des besoins communs qui peuvent être décidés démocratiquement par le conseil de région, mais chaque villageois ne souhaite pas que l’État, ni même la région, décident de l’implantation d’un stade ou de la fermeture d’une école sur sa commune, sans parler de l’édification d’un minaret !
La centralisation à la française a conduit nos concitoyens à une déresponsabilisation totale. Oui, ils réclament plus de confort, sans savoir ce que ça coûte. Oui, ils rouspètent pour avoir toujours plus de moyens et de confort, avec le sentiment largement partagé que ça ne coûte rien puisqu’ils ne connaissent pas le budget de leur commune. Laquelle commune d’ailleurs ne contrôle qu’une infime partie de son budget, le reste étant décidé par l’État.
Je pourrais bien sûr apporter au débat beaucoup d’autres arguments, de même que d’autres personnes, comme Yvan Blot, pourraient d’une manière plus pertinente que je ne le fais, répondre et encourager les Français à souhaiter se diriger vers plus de vraie décentralisation avant d’arriver au but suprême, une réelle démocratie directe.
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