Rouxel Jean - mardi 06 octobre 2009
europe
L’Irlande a donc finalement voté oui au Traité de Lisbonne. Mais l’observateur ne peut qu’éprouver un certain malaise devant le concert d’éloges et d’autosatisfaction que nous ont offert les « officiels » européens.
Ce malaise est aggravé par l’impression persistance que ce vote ne veut rien dire. On annonçait jusqu’à la veille du scrutin un vote serré, et même une possible victoire du non. En réalité, le oui l’emporte par 67,1 % des voix. Ce qui peut vouloir dire deux choses : soit les médias ont délibérément menti pour faire voter oui ; soit les résultats finaux ont été truqués. Pour un scrutin serré, on peut comprendre que les sondeurs se trompent ; pour un score aussi écrasant, l’erreur n’était pas possible.
Une troisième cause de ce sentiment de malaise tient aux chiffres de la participation. En 2008, une participation de 53,1 % « justifiait » que l’on fasse revoter les Irlandais. En octobre 2009, une participation de 59 % serait devenue une victoire de la démocratie !
Mais le pire tient au sentiment tenace que ce vote a été obtenu en violant de façon flagrante le « dogme » central de la démocratie (la souveraineté du peuple) et en achetant littéralement les suffrages.
L’achat des suffrages saute aux yeux. Les menaces de tarissement de crédits et l’injection par la BCE de 120 milliards d’euros dans les banques irlandaises (la carotte et le bâton) suffisent largement à expliquer le succès du oui.
Violation de la souveraineté populaire, ensuite. Comme lors de l’adoption du traité de Nice, on a traité les Irlandais comme des enfants attardés ne connaissant pas bien les enjeux de leur vote. Le problème, c’est que si le peuple de 2008 était infantile, on voit mal pourquoi celui de 2009 serait beaucoup plus fiable. Sauf à considérer bien sûr qu’être ainsi passé de 53,4 % de non à 67,1 % de oui en un an est la preuve de la rapide accession des Irlandais à la sagesse et à la maturité (il faudrait alors qu’on nous explique comment la même maturation accélérée avec les deux consultations sur le traité de Nice en 2001 et 2002 avait fait suite à une crise de retour en enfance en 2008 !…).
Soit on considère que le peuple sait ce qu’il fait et on suit ses injonctions. Soit on considère que les enjeux sont trop techniques et on ne lui pose pas de questions. Mais il est dangereux et cynique de tenir un discours de respect de la volonté populaire et, simultanément, une pratique de violation pratique de cette souveraineté.
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