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P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non!


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Lance Pierre - dimanche 08 mai 2005


Le 25 avril sur FR 3, nous avons pu assister en « premier temps » à une ahurissante empoignade verbale à propos du référendum qui divise les Français. Les invités devaient répondre aux questions, toutes pertinentes, de citoyens réunis dans les principales villes de France. On y a vu l’extrême-gauche la plus internationaliste et l’extrême-droite la plus nationaliste y associer leurs efforts pour tenter de démolir la nouvelle Constitution européenne. J’espère que les Français de bon sens qui ont regardé cette émission auront compris quel mauvais tour essaient de leur jouer tous ces irréalistes recroquevillés sur leurs fantasmes d’un autre âge. Y défendaient le « non » Marie-George Buffet pour le PC, Jean-Marie Le Pen pour le FN, Olivier Besancenot pour la LCR, Philippe de Villiers pour le RPF, avec des arguments contradictoires qui se télescopaient dans un effroyable capharnaüm aux limites de la confusion mentale.
En revanche, y défendaient le « oui » avec logique, précision et clarté Michel Barnier pour l’UMP, François Bayrou pour l’UDF, Jack Lang pour le PS et Dominique Voynet pour les Verts. Et malgré les différences d’optique de ces quatre personnes, je crois que le téléspectateur a bien compris qu’il s’agissait de promouvoir une Europe libérale, ce qui lui vaut le soutien de la droite centriste, mais d’un libéralisme tempéré par des garanties de protection sociale qui lui vaut le soutien de la gauche modérée. Bien sûr, pour ma part, c’est le libéralisme européen de droite que je soutiens, mais il faut aussi être réaliste, et si la gauche européenne unanime a accepté le projet, comme l’a souligné Jack Lang, c’est évidemment parce qu’il faisait des concessions à certaines de ses exigences.
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ce Traité est le fruit d’un compromis, non seulement entre 25 nations, mais aussi entre les deux grandes familles politiques que sont la droite et la gauche et qui occupent quasiment à égalité l’espace européen. Dans chacune des nations associées, il est possible, et d’ailleurs fréquent, d’avoir une alternance au pouvoir entre la droite et la gauche. Mais au niveau de l’Union européenne, c’est irréalisable, puisqu’il y aura toujours, à tel ou tel moment, certains des pays membres qui auront un gouvernement de droite et certains autres un gouvernement de gauche. Il est donc impossible d’avancer ensemble sans une solution de compromis. L’Europe ne peut pas échapper à la cohabitation politique permanente. On peut le déplorer, mais il faut l’accepter, sous peine de mettre l’Europe en panne, comme voudraient le faire les intransigeants du « non » qui campent aux deux extrêmes.

Le centre et les deux bords


L’intermède comique de l’émission eut lieu lorsque Michel Barnier fit remarquer à Marie-George Buffet qu’elle allait voter comme Jean-Marie Le Pen. La secrétaire générale du parti communiste bondit de son siège comme piquée par une tarentule et s’écria qu’on l’insultait. « Mon « non » n’est pas celui de Le Pen ! » hurla-t-elle. Bigre ! Voilà qui pose un sérieux problème, et je me demande comment ceux qui vont dépouiller les bulletins vont distinguer le « non » de Mme Buffet du « non » de M. Le Pen. Peut-être faudrait-il ajouter sur certains bulletins la faucille et le marteau et sur certains autres la flamme tricolore ? Mais non, suis-je bête, cela ferait des bulletins nuls ! Tiens, j’ai une idée : Pourquoi ne pas imprimer des bulletins « non » sur du papier de couleur rouge et d’autres sur du papier de couleur brune ? Chacun pourrait choisir à son goût. On pourrait en faire autant pour les « oui » avec un papier de couleur bleue et un autre de couleur rose, sans oublier le vert. Cela mettrait un peu de gaîté dans les isoloirs...
Bon, soyons sérieux. Pour une fois, la France ne va plus être divisée entre la droite et la gauche, mais entre les pragmatiques réalistes, qui voteront « oui », et les idéologues dogmatiques, qui voteront « non ». Entre ceux qui veulent unir les Européens face à de menaçants dangers planétaires, même avec une Constitution imparfaite, et ceux qui veulent pérenniser leurs divisions et émietter leurs forces, en rêvant à des structures dépassées ou à des doctrines obsolètes. J’ose espérer que les lecteurs des « 4 Vérités », à quelque tendance de la droite qu’ils appartiennent, sauront s’élever au-dessus de ces querelles archaïques et dire « oui » à l’avenir, à l’espoir et à l’Europe.


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