Trémeau Bernard - samedi 17 janvier 2004
Un de mes lecteurs, M. Guy de Lanouvelle (86 - Poitiers), me reproche d’avoir écrit que « tous les consommateurs du monde entier disposent de produits de plus en plus excellents et de moins en moins coûteux » et il dit que c’est exactement le contraire qui nous arrive…
Je pense que M. de Lanouvelle a globalement tort, mais il y a des points où il a raison.
Pour la nourriture : le lait, les œufs ou le riz que l’on achète aujourd’hui sont d’une excellente qualité, d’une immense variété et leur coût a fortement baissé.
Pour les transports, même constat : les automobiles, les trains ou les avions offrent, à des prix de plus en plus bas, des voyages de plus en plus faciles et sûrs.
Pour l’électronique, il suffit de voir l’évolution des prix et de la qualité des réfrigérateurs, des téléphones, de la télévision ou des ordinateurs.
En cinquante ans, la médecine est passée du Moyen Âge à la science-fiction. On commence à refaire des cerveaux à neuf. Le prix d’une césarienne permettait, en 1960, de payer le salaire d’un couple de domestique logé et nourri. Vingt ans plus tard, il ne suffisait plus pour payer le salaire d’une employée de maison.
Bien évidemment, seuls les pays développés profitent de cette merveilleuse évolution.
Par contre, dans les secteurs socialisés et transformés en monopoles d’État, comme les hôpitaux ou les écoles, on observe indiscutablement une régression des services rendus. L’absence de concurrence pousse ceux qui travaillent dans ces secteurs à ne pas chercher à fournir le meilleur d’eux-mêmes. Les hôpitaux publics sont sinistrés et pour longtemps. La socialisation a organisé la pénurie dans les hôpitaux français, comme elle l’organise partout dans le monde. Aujourd’hui, pratiquement plus un étudiant français ne choisit des spécialités aussi prestigieuses que la chirurgie ou l’obstétrique. Les contraintes de sécurité imposées, la judiciarisation deviennent insupportables et ce sont des étudiants venant de pays sous-développés qui assurent la marche de nos services, avec des qualifications bien inférieures aux qualifications françaises. Les 35 heures ont été le coup de grâce achevant le moribond. La mortalité des enfants à la naissance remonte. Quand une canicule arrive, l’hôpital est incapable de réagir avec efficacité.
Le secteur d’hospitalisation privé marchait beaucoup mieux. La concurrence y jouait et grâce à elle, dans les secteurs où la comparaison est possible, il coûte au pays deux fois moins cher pour une opération ou un accouchement… Mais les coûts de fonctionnement augmentent brutalement et les prix de journée sont bloqués. Les cliniques vont donc faire faillite et fermer et seuls resteront les hôpitaux, où les prix sont deux fois plus élevés.
L’Éducation nationale est totalement sclérosée et le nombre des illettrés fabriqués par le mammouth augmente régulièrement. Au lieu de mettre les écoles en concurrence, on maintient un système scolaire unique, rigide et coûteux. Et pour qu’il soit un peu mieux laïcisé, on y interdit le voile et la croix.
Il existe enfin un troisième secteur où indiscutablement, la qualité des services s’est dégradée sans que la socialisation en soit responsable : les voleurs ont des voitures leur permettant de disparaître rapidement, la société industrielle envoie ses déchets dans l’air, sur le sol ou dans l’eau. On ne peut plus prendre le café dans le jardin sans entendre des moteurs ronfler dans le ciel ou sur la terre. Ma vieille voisine fabrique encore de merveilleux fromages de chèvre, mais elle ne respecte absolument pas les normes sanitaires européennes. Quand elle mourra, ses fromages disparaîtront avec elle.
Que les hommes politiques rétablissent la concurrence et organisent avec efficacité la lutte contre les nuisances, et mon correspondant aura totalement tort. C’est possible.
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