Lambert Christian - mercredi 16 janvier 2008
Dans « Les 4 Vérités » du 28 décembre, Pierre Lance a bien voulu me citer en me comparant un peu à Cassandre bien que je ne descende nullement de Priam et d’Hecube. Ce que je veux dire, c’est que depuis des millénaires, on n’aime pas Cassandre. Pierre Lance a mille fois raison de le souligner.
À moi aussi, des lecteurs m’ont confié qu’ils détestaient la vérité qui dérange. Ce qu’ils aiment, c’est leur petit monde à eux où dans leur tour d’ivoire, « sur leur petit feu, ils font chauffer leur petite soupe », comme disait le Général de Gaulle. Au diable ce qui ne va pas. Des autruches m’ont dit la même chose. Je l’ai appris à mes dépens, il y a longtemps.
Qu’il me soit permis, à ce sujet, de raconter une petite histoire vraie et significative.
Au tout début de ma carrière, frais émoulu des grandes écoles et des universités, je fus affecté au Nord-Vietnam – on disait le Tonkin – où mon supérieur hiérarchique me donna ses instructions : « Prenez votre voiture (une 11 CV Citroën) et votre chauffeur. Vous visiterez les colonels commandant les secteurs du delta, et puis vous rédigerez un rapport ». Ces colonels, qui, tous, me reçurent fort bien, me dirent tous que la guerre que menait la France au Vietnam contre l’insurrection communiste ne pouvait pas être gagnée. Les armées de Mao Tsé Toung étaient sur la frontière – 1 million d’hommes – à 200 km de Hanoï. Elles aidaient, bien sûr, puissamment le Vietminh. Aucun de ces officiers, pour autant, n’avait prévu Dien Bien Phu.
Je fis mon rapport comme à l’université qui enseignait, en ce temps-là, la rigueur intellectuelle. Je m’attendais à des compliments. Ce furent des reproches. « Malheureux, me dit mon patron, si le général de Lattre de Tassigny, le Haut Commissaire, venait à vous lire, vous seriez viré et moi aussi. Laissez-moi faire. Je vais arranger cela ». Et mon rapport, de critique, devint ultra-optimiste. « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ». J’avais déjà entendu cela. Bref, peu après, ce fut la désastreuse défaite de Dien Bien Phu.
Cette petite aventure m’a beaucoup frappé. En politique et dans la haute administration, pour réussir, il faut savoir mentir. Les conseillers des plus hauts responsables de la République qui, pour la plupart, sont des courtisans, le savent bien. Ils cherchent avant tout à plaire pour conserver leurs privilèges dans un microcosme où la compétition est féroce. « Qu’en pensez-vous Gontrand ? M. le Président, c’est parfait. Laissez-moi vous dire que vous avez vu juste de façon littéralement stupéfiante… ». À entendre cela toute la journée, le Président ou le ministre finit par se croire un génie. On voit ce que cela donne !
Aristide Briand qui fut dans les années vingt, dix fois Président du Conseil et seize fois ministre des Affaires étrangères, affichait lui aussi un optimisme inaltérable dans les nombreux discours qu’il prononçait. Il était avocat de formation… Il croyait à la paix mondiale. S’adressant à son premier collaborateur qui était le courageux et sérieux Berthelot, secrétaire général du Quai d’Orsay, il disait : « Mais non, Berthelot, les choses s’arrangent toujours ». Et Berthelot de répondre : « Oui M. le Président, elles s’arrangent toujours mais souvent elles s’arrangent mal ».
J’en reviens à l’époque présente. Si « Les 4 Vérités » écrivait à longueur de colonnes : « Tout le monde, il est joli, tout le monde il est gentil, tout le monde habite Neuilly », le journal s’appellerait « Les 4 mensonges » et il n’aurait pas dix lecteurs. Le but des
« 4 Vérités », nul ne l’ignore, est précisément de faire connaître ce que cache le « politiquement correct » qui depuis des décennies a façonné en France le pouvoir politique avec les résultats que l’on connaît : dette colossale, chômage considérable, immigration massive, troubles permanents et logiquement, des perspectives très inquiétantes. J’ajoute que l’honnêteté exige la volonté de vérité.
« Le plus grand dérèglement de l’esprit, écrit Bossuet, c’est de prendre les choses pour ce que l’on voudrait qu’elles soient et non pour ce qu’elles sont ». (Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même - Chapitre I).
Christian Lambert
Ancien Ambassadeur de France
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