|
|
Pauvres Américains riches |
|
Lance Pierre - mercredi 02 avril 2008
economie
L’Amérique et la France sont bien plus que des alliées, bien plus que des amies. Ce sont des sœurs jumelles, qui ont ensemble, des deux côtés de l’Atlantique, enfanté la démocratie moderne au siècle des Lumières. Ces républiques pionnières furent toutes deux portées sur les fonds baptismaux par le général marquis de Lafayette, royaliste libéral qui s’engagea corps et biens et de toute son âme dans la guerre d’Indépendance américaine, puis dans la Révolution française, et qui demeure pour la postérité le « héros des deux mondes ». C’est pourquoi il existe entre les États-Unis et la France un indéfectible « lien du sang » que nulle divergence ne pourra jamais rompre, d’autant qu’il fut encore fortifié par le sacrifice des jeunes Américains tombés sur le sol de France au cours des deux guerres mondiales.
Mais, pour ces raisons même, il est de notre devoir le plus fraternel d’avertir les Américains lorsque nous pensons qu’ils s’égarent, et ce à charge de revanche, bien entendu. C’est dans cet esprit que Jacques Chirac fit tout ce qui était en son pouvoir pour tenter de dissuader W. Bush d’envahir l’Irak, et ce sera peut-être le seul titre de gloire qui restera à l’ancien président français.
Toutefois, ce n’est pas de l’Irak dont je veux vous parler aujourd’hui, tout ayant été dit sur ce lamentable chaos. Je veux plutôt vous parler de la crise des « subprimes », qui est la plus formidable montagne de sottise jamais produite par un pays moderne. Elle est en train d’engendrer une crise financière mondiale aux conséquences incalculables, alors qu’elle pouvait être stoppée dès l’origine avec trois sous d’idées. Car enfin, de quoi s’agit-il ? Des banques, probablement dirigées par des adolescents attardés, ont distribué en toute imprudence des milliards de dollars de crédits immobiliers à des citoyens immatures, sans se soucier de leur solvabilité. Et ces derniers ont emprunté « à taux variable », lequel, bas quand ils ont souscrit, s’est mis à grimper au point que la plupart des souscripteurs n’ont pu payer leurs échéances.
C’est alors que la bêtise banquière a pulvérisé tous ses records, sans la moindre réaction du pouvoir politique. Les banquiers se sont mis à saisir à tout va les maisons achetées à crédit, ruinant et expulsant les propriétaires, mais ne pouvant pas pour autant récupérer leur argent, puisque cette masse de maisons vendues à l’encan fit aussitôt s’effondrer le marché et qu’elles se bradèrent pour des bouchées de pain. Autrement dit, ce fut un vrai cataclysme, tant pour les emprunteurs que pour les prêteurs. Mais comment une telle imbécillité a-t-elle bien pu se développer dans une nation dont les citoyens sont mondialement réputés pour savoir faire des affaires ?
Je vais vous le dire. C’est à cause d’un préjugé de nature idéologique, lequel a toujours pour effet de conduire les hommes à sacrifier la réalité à la théorie. L’économie américaine est en effet basée sur des principes qui ont leur valeur, mais aussi leurs limites et qui sont : a) la loi du marché est supérieure à toutes, b) les prix doivent être libres et ne fluctuer qu’en fonction de l’offre et de la demande, c) le pouvoir politique ne doit jamais intervenir sur le marché.
Ces principes ont fait la prospérité de l’Amérique, mais ils pourraient causer sa perte si l’on oubliait cette loi philosophique : Toute règle qui ne souffre pas d’exception peut devenir mortelle. Ces principes du libéralisme économique sont aussi les miens, mais les principes ne doivent jamais devenir des dogmes ou des tabous. Ils doivent s’incliner devant le réalisme, le pragmatisme et l’examen objectif des circonstances, dès lors qu’un risque majeur menace la société.
En l’occurrence, les banquiers prêteurs devaient impérativement limiter la hausse des taux d’intérêt, quitte à y perdre quelque argent, afin de ne pas ruiner leurs clients, ni submerger le marché de biens invendables au juste prix. Et il fallait aussi que l’État fédéral se tienne derrière eux, prêt à les soutenir, ou, mieux encore, à prendre en charge, au moins en partie, les augmentations d’intérêts excessives. Comme cela n’a pas été fait, sous prétexte de ne pas toucher à la sacro-sainte loi du marché, de nombreux Américains sont tombés dans la précarité, plusieurs banques sont en faillite et toute l’économie américaine est au bord de la syncope. Il n’est peut-être pas trop tard pour la sauver, mais y a-t-il un pilote dans l’avion ?
Partager cet article sur Facebook
Recommander cet article sur les sites de syndication d'information :

22 commentaires - Ecrire un commentaire
|
câble
La part d’audience des chaînes thématiques du câble et du satellite a baissé de 1,2 point en un an, alors que celle de la TNT gratuite est passée de 3,2 % à 5 %…
Medias
publicité > La suppression de la publicité sur les chaînes de France Télévisions correspond, selon la direction du groupe, à un manque à gagner de l’ordre de 850 millions d’euros (montant évalué à 150 millions par la commission Copé). Mais les syndicats « évaluent », quant à eux, ce manque à 1,2 milliard, dont ils exigent la compensation à l’euro !
métro > Le quotidien gratuit « Métro » a connu une augmentation vertigineuse en 2007 : le nombre de ses lecteurs a augmenté de 14 % pour atteindre 2,3 millions chaque jour !
magazines > Les Français lisent en moyenne 6,8 magazines ; ce chiffre s’élève à 7,5 pour les femmes et à 6,2 pour les hommes…
xxI > Lancée le 17 janvier dernier, la revue trimestrielle XXI, vendue à 15 euros, exempte de publicité et comportant 70 % de reportages étrangers, s’est vendue à 40 000 exemplaires.
redevance > Sur les 116 euros de la redevance audiovisuelle, payés par 24 millions de Français, 78,8 financent le groupe France Télévisions. Le reste finance l’INA et la radio publique.
lecteur > Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’est pas certain qu’internet « cannibalise » la presse papier. En effet, les personnes qui se connectent tous les jours à internet sont aussi les plus gros lecteurs de magazines : ils en lisent 7,9, soit 16 % de plus que la moyenne française… |
|
|
|