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Pauvres jeunes filles !


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Lance Pierre - mercredi 30 janvier 2008


Pâles comme la camarde, le regard fixe, les lèvres serrées, elles vont droit devant elles, d’une démarche saccadée. Sur leur visage fermé, pas l’ombre d’un sourire. On jurerait qu’elles montent à l’échafaud. Aussi décharnées que si elles sortaient d’un camp de la mort, elles posent mécaniquement un pied devant l’autre, exactement devant l’autre, comme sur un fil invisible que quelque funambule sadique aurait tendu sous leurs pas.

Cette marche quasi militaire pour soldats de plomb articulés déhanche brutalement leurs silhouettes aux os saillants, sans formes et sans grâce, imprimant dans leur colonne vertébrale les prémices d’une arthrose future. Ces demi-squelettes déambulent au pas de charge, comme des automates aux rouages simplistes, en un rapide aller-retour réglé comme du papier à musique, dans l’allée rectiligne dont rien ne doit les écarter, vêtues le plus souvent d’oripeaux délirants, si ce n’est grotesques, échappés de cerveaux délabrés, uniquement soucieux d’effarer le snob à vue courte.

On se demande quelle sorte de garde-chiourme peut exercer ce pouvoir absolu sur ces filles-fleurs trop vite fanées, au point de les déshumaniser tragiquement, dans l’indifférence générale.

Car ces mélancoliques damoiselles menacées d’anorexie, si ce n’est de tuberculose, ce sont, vous l’avez deviné, les mannequins, esclaves des bassesses de la prétendue « haute couture ». Sinistres émules des eunuques de harem, les princes de la mode semblent n’avoir d’autre ambition que de régner despotiquement sur un troupeau de demi-vierges promises aux carences alimentaires et sacrifiées sur l’autel des vanités mondaines et décadentes.

Caressants et pervers, aussi impitoyables que délicieusement maniérés, ces hobereaux du dé à coudre dissimulent sous des chemises roses et des cravates à fleurs une effroyable misogynie. Car, de toute évidence, ces humanoïdes déjantés haïssent les femmes, au point qu’on se demande s’ils ont eu des mères, ou alors de quelle sorte. Acharnés à aplatir toutes les rondeurs vénusiennes qui font le charme de la vie, ils détruisent avec une rage obsessionnelle ces corps de jeunes filles tombés sous leur coupe, ne rêvant plus que d’en faire des sacs d’os. Et cela dure depuis des décennies…

Mais j’y pense, qu’ont donc fait pour remédier à cet esclavagisme nos féministes patentées, si promptes à dénoncer l’humiliant statut de la femme-objet ? Y a-t-il donc plus femmes-objets que ces mannequins désincarnés livrés aux caprices des chiffonniers de luxe du Tout-Paris ?

Nos grandes prêtresses du culte de la femme libérée sont tout occupées aujourd’hui à glorifier les mânes de Sainte Simone de Beauvoir, stratège émérite de la guerre des sexes, qui écrivit un jour : « On ne naît pas femme, on le devient. » Elle s’adjugeait ainsi le record historique imbattable de la plus stupide sentence jamais prononcée ici-haut, négation obtuse du simple effet biologique des hormones.

En revanche, je peux vous l’affirmer en la paraphrasant : On ne naît pas mannequin, on le devient, lorsqu’on est abandonnée sans défense aux mains crochues des barons de la mode qui réduisent les nymphes en servage. Pourtant, dans certains pays, on s’est enfin ému de cette dictature de la maigreur (qui n’est pas la minceur) dont les jeunes victimes sont nombreuses, parfois au point d’en mourir, comme cette jeune Brésilienne de 18 ans dont l’organisme carencé ne put faire face à la maladie (elle pesait 40 kg). Après cette fin tragique, le gouvernement autonome de Madrid, en septembre 2006, a interdit de défiler aux jeunes femmes d’un indice de masse corporelle inférieur à 18 (56 kg pour 1,75 m). L’Italie a fait de même ; en Allemagne, on s’y prépare.

La France, quant à elle, ne souhaite pas légiférer. Notre Ministre de la Maladie Roselyne Bachelot (ronde à souhait) veut s’en tenir à la concertation et au volontariat. Elle a réuni sur le sujet un groupe de travail dans le but de fixer des limites à la maigreur des mannequins, mais les professionnels de la mode « ont refusé de peser les jeunes filles » et prétendent vouloir s’en tenir à l’établissement d’une « charte ». Je propose qu’on mette ces arrogants satrapes à dégraisser et qu’on les jette en cellule, au pain sec et à l’eau chlorée, pour atteinte à la santé d’autrui.

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En bref
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Patrick de Carolis répète que c’est son équipe, et non pas Bouygues ou un autre, qui définira le nouveau cahier des charges de l’audiovisuel public. Mais, le 14 janvier, à Doha (Qatar), Sarkozy a confié à quelques journalistes réunis au bar de son hôtel : « Le cahier des charges ? Je m’en occuperai personnellement. »

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