Courrier - mardi 04 octobre 2011
fonction-publique, fonctionnaires
De 1974 à 2007, le pouvoir suprême a été exercé par la gauche et par la droite contrôlées l’une comme l’autre par la haute fonction publique au détriment de la société civile.
Depuis 1945, la haute fonction publique bénéficie d’avantages statutaires qui lui ont permis d’acquérir légalement une position hégémonique sur la société civile. Avantages déterminants concernant le statut qui est appliqué aux fonctionnaires s’ils sont élus. Avantages obtenus sous la contrainte par les communistes en 1945, et concrétisés par des ordonnances de De Gaulle. Ces ordonnances constituent la base de la création progressive en France de l’État communiste dont ils rêvent et qu’on voit s’installer inexorablement (56 % du PIB est contrôlé par l’État). La France devient un État avec une nomenklatura intouchable et une société civile réduite progressivement à la misère (retour des mendiants dans les rues 1983, restos du cœur 1986, RMI 1989, CMU 2001…).
Ainsi les fonctionnaires ont-ils pris d’abord le contrôle direct ou indirect d’une majorité de mairies, puis des départements et, enfin, des régions.
En 1988, ont été votées, sur proposition conjointe de Chirac et Mitterrand, tous deux chefs de partis contrôlés par la haute fonction publique, des lois sur le financement des partis. Ces partis étaient composés essentiellement de militants issus des secteurs protégés, vivant soit des prélèvements obligatoires, soit des monopoles d’état, tandis que ceux, peu nombreux, issus du secteur marchand, qui adhéraient à ces partis étaient traités un peu comme des harkis.
D’autres petits partis, comme le FN ou le parti libéral, vivotaient, leurs militants n’ayant pas les mêmes possibilités de se libérer de leur travail pour militer.
En 1988 donc, Chirac et Mitterrand ont concocté une loi sur les financements des partis, permettant surtout aux partis au pouvoir de bénéficier du financement par l’impôt.
Ces lois comportent des règles d’accès au financement par l’impôt tellement draconiennes qu’elles interdisent l’accès au pouvoir d’un parti issu directement de la société civile.
D’un côté, il y a des partis en place, qui bénéficient d’une rente de situation et n’ont même plus besoin d’adhérents. Et, de l’autre, une société civile beaucoup plus nombreuse, qui n’a plus la possibilité de créer un parti susceptible de la représenter.
Cette impossibilité a été renforcée par les lois de 1993 sur la communication qui ont conduit, en gros, à la situation selon laquelle un parti issu de la société civile ne peut plus communiquer autrement que par lettre ou tract personnel.
Ainsi la société civile a-t-elle été exclue du pouvoir. C’est la raison pour laquelle, chaque fois qu’un homme politique issu de la société civile essaie de faire quelque chose, il est immédiatement suspecté de fraude et doit justifier de ses sources de financement.
Seulement, la société civile a mis un gravier dans la machine, au moment de la création de l’UMP en 2002. Bon nombre de militants de petits partis issus de la société civile se sont concertés pour adhérer en masse à l’UMP, au point d’en prendre le contrôle. Cette opération a permis de contourner les lois de 1988, de neutraliser l’aile droite de la haute fonction publique, et d’enfin, bénéficier du financement par l’impôt.
Nicolas Sarkozy a été élu premier président de la Ve République issu de la société civile. Depuis 2007, il a essayé de redonner à la société civile la place qui lui revient. Arrivé au pouvoir, Nicolas Sarkozy a trouvé en face de lui une fonction publique largement politisée grâce aux ordonnances de 1945, hostile à toute tentative de réforme susceptible de réduire son hégémonie.
C’est la raison pour laquelle Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont dû louvoyer face au blocage frontal de la fonction publique, au grand dam de certains électeurs qui trouvaient qu’ils n’allaient pas assez loin, ni assez vite.
Il devient urgent que les Français comprennent que la société civile a été progressivement mise en esclavage par la haute fonction publique, pendant les 34 ans qui ont suivi les 30 glorieuses.
Que chaque électeur de la société civile pense à ce que nous avaient laissé nos pères en 1974, et à ce que nous laisserons à nos enfants après déjà 34 ans de pillage de la France.
Gilbert Capy
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