Dumait Alain - samedi 21 février 2004
Jacques Chirac n’a jamais exclu de se représenter dans trois ans, une nouvelle fois, à l’élection présidentielle. Mais, selon un sondage BVA publié en décembre 2003, 66 % des Français ne le souhaitaient pas et encore 50 % (contre 47 % d’un avis contraire) parmi les seuls sympathisants de droite. Depuis lors, sa cote a dû sensiblement baisser…
Il avait deux fers au feu. Soit se représenter lui-même. Soit mettre en piste pour lui succéder son poulain Alain Juppé. Mais celui-ci est très mal en point à la suite du jugement accablant des juges du Tribunal correctionnel de Nanterre, dont il ne peut faire appel efficacement qu’en s’éloignant au moins partiellement, même si c’est aussi provisoirement, du devant de la scène politique.
Pour faire barrage aux ambitions du maire de Neuilly, qui n’aura que 52 ans en 2007, le Chef de l’État a évidemment pensé à son Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Mais ce dernier est également mal placé dans les sondages. Seule une nette embellie économique pourrait le remettre en selle. En attendant, une majorité d’électeurs dit ne pas lui faire confiance, notamment sur le sujet politiquement très sensible de l’emploi.
Seul Nicolas Sarkozy échappe, apparemment, à cette déconsidération générale dont les politiciens français semblent atteints, d’ailleurs aussi bien à droite qu’à gauche (les Français ne veulent plus voir revenir Lionel Jospin et les Lillois ne veulent plus réélire Martine Aubry, d’après les derniers sondages…).
Comme une candidature à l’élection présidentielle ne peut pas s’improviser, ni même être révélée quelques mois avant l’échéance - comme c’est le cas aux États-Unis où l’on pratique le système des « primaires » - on peut considérer d’ores et déjà que Nicolas Sarkozy est le meilleur espoir de la droite parlementaire. Et sans doute le seul.
C’est désormais une candidature virtuelle à l’élection présidentielle de 2007 que gère Nicolas Sarkozy, omniprésent ministre de l’Intérieur, mais surtout nettement détaché en tête de tous les sondages évoquant cette échéance majeure de la vie politique française.
Jacques Chirac et ses fidèles, pour l’instant, s’opposent bec et ongles à cette perspective. Ils ne s’en cachent pas. Ils le font même avec brutalité. Comme cela vient d’être révélé par la façon dont les amis du ministre de l’Intérieur, ou soi-disant tels, ont été systématiquement éliminés de la composition des listes des candidats aux élections régionales à Paris, où les places éligibles ont été réservées à des fidèles obéissants ou à des apparatchiks pur sucre.
Avec cette manœuvre, les responsables de l’UMP - et il est apparu à cette occasion qu’ils étaient deux, Alain Juppé et Jérôme Monod, lequel est très fier d’avoir la carte d’adhérent n° 1 au parti… - ont voulu clairement émettre un signal TSS (tout-sauf-Sarkozy) qui a été immédiatement reçu cinq sur cinq par les élus et les cadres du parti. Mais ils ont aussi, en même temps, pris le risque que ce signal soit également reçu par l’opinion, et probablement de façon négative.
La désignation des candidats des formations politiques aux différentes compétitions électorales auxquelles il est dans leur nature de concourir est d’ailleurs une question récurrente et fondamentale pour le bon fonctionnement d’un régime démocratique quel qu’il soit. D’une façon ou d’une autre, il faut qu’il y ait de la concurrence en interne, qu’un choix soit offert, et que la compétition entre tel et tel candidat soit tranchée, soit par les militants eux-mêmes, soit, comme aux États-Unis, pour certaines élections, par tout ou partie du corps électoral (ce sont les fameuses « primaires »). Bien sûr, il est inconcevable que l’appareil et les dirigeants des partis soient totalement exclus de ce processus. Mais, en tout cas, pour être « démocratique », la désignation des candidats ne peut pas résulter purement et simplement du bon vouloir du chef bien aimé.
Il y a évidemment un lien entre le mode de désignation des candidats par les formations politiques et le mode de gouvernement de celles-ci quand elles sont au pouvoir. D’abord, parce qu’un candidat dont la désignation résulte uniquement, au départ, de l’appareil de son parti, devra toujours plus à celui-ci qu’à ses électeurs. Ensuite, parce que la même culture qui a présidé à la désignation des candidats présidera certainement à la façon de gouverner. Un démocrate obéit au peuple. Prétendre le gouverner est de l’ordre de la tyrannie…
Nicolas Sarkozy sait, mieux que personne, à quoi s’en tenir sur le fonctionnement démocratique de l’UMP. Mais, les rédacteurs des statuts de celle-ci, pour donner l’apparence de la démocratie, ont cru devoir inscrire la règle de l’élection du Président par l’ensemble des adhérents du mouvement. S’ils étaient consultés aujourd’hui, pour sauver les meubles, ils voteraient pour Sarko.
Que celui-ci arrache en novembre prochain la présidence de l’UMP à Alain Juppé serait évidemment un tournant majeur dans la vie politique française.
7 commentaires - Ecrire un commentaire
|