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Pour en finir avec le racisme anti-Irakien


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Milliere Guy - dimanche 02 octobre 2005


On ne parle plus guère de l’Irak dans les médias. Ou, plus exactement, on en parle s’il y a un attentat sanglant, si un député se fait assassiner, si un kidnapping a lieu. Le reste ? Ce n’est pas intéressant, n’est-ce pas…
On peut s’intéresser à des Arabes ou à des Proche-orientaux en France s’ils sont terroristes, s’ils détestent les Juifs et l’Amérique, mais s’ils veulent vivre en démocratie et pouvoir vaquer en paix à leurs affaires, ils cessent aussitôt d’être intéressants.
On a affaire en Irak à un pays où existe une presse libre et pluraliste comme dans le monde occidental, mais nul n’aurait l’idée d’enquêter sur cette presse libre, bien qu’elle représente une avancée sans précédent dans la région.
On a affaire en Irak à un pays où des jeunes gens par milliers se sont dotés d’ordinateurs depuis la libération, créent des blogs, cherchent à communiquer avec le monde occidental et avec la modernité, mais nul n’aurait l’idée non plus de donner la parole à ces jeunes gens.
On a affaire à une soif de droit qui s’est manifestée par une participation record aux élections de janvier et qui se manifestera encore sans nul doute lors du référendum sur la constitution à la mi-octobre, mais nul ne s’intéresse à cette soif de droit. Nul ne semble voir ce qu’il y a d’extraordinaire à ce que ce pays, soumis encore voici peu à l’un des dictateurs les plus abjects de la région, ait aujourd’hui un président kurde, un premier ministre shiite et des ministres sunnites.
Les superbes et émouvants discours du président irakien, d’abord à la Maison Blanche, puis devant l’Assemblée générale de l’ONU ont d’ailleurs été presque totalement passés sous silence en France, et n’ont été évoqués que pour dire qu’ils étaient des « appels à l’aide ». En fait d’« appels à l’aide », le président irakien se contentait de dire que le devoir de tous ceux qui se réclament des valeurs de la liberté était de combattre le terrorisme où qu’il frappe et, en particulier, en Irak.
De telles paroles ne pouvaient qu’être escamotées en France où il n’y a pas si longtemps, on appelait encore les terroristes « résistants » et où on ne cessait de dire que c’était mieux sous Saddam. De telles paroles devaient être escamotées en France où l’on veut faire croire à la population qu’une guerre civile est en cours en Irak : si une guerre civile est ce qui oppose l’armée régulière et la quasi totalité de la population d’un pays à quelques bandes de meurtriers sans scrupules, il faut revoir d’urgence les dictionnaires et il faudra dire qu’Israël au temps des attentats palestiniens était en proie à une guerre civile, tout comme la Grande-Bretagne au temps où l’IRA frappait en Irlande du Nord.
Je comprends qu’il ne soit pas facile de se déjuger : je figure sur la liste noire de plusieurs émissions d’actualité en France, parce que j’ai dit sur un plateau à une heure de grande écoute que les experts français s’étaient trompés (j’aurais dû savoir qu’un expert français ne peut, par définition, pas se tromper!). Il me reste les télévisions suisses, belges ou canadiennes, bien sûr…


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