Evrard Michel - samedi 12 juin 2004
Pour moi, l’Union Européenne dans sa forme actuelle, à quinze et a fortiori à vingt-cinq, est une monstruosité sans nom, que les grands lobbies ont détournée à leur profit. La suppression des barrières douanières et la déréglementation font penser à ce que serait la circulation routière sans le code de la route. Les délocalisations se poursuivent à un rythme effarant et risquent de mettre certains pays de l’UE à genoux. L’élargissement va encore aggraver la pagaille et le chômage. Cela est si vrai que les autorités de Bruxelles ont déjà prévu une caisse d’indemnisation pour les nouveaux chômeurs, à partir de 2007, année de l’ouverture totale du marché du travail. On ferait mieux de dire « marché des esclaves ». De toute façon, les grands lobbies s’y retrouvent, puisque l’argent public qu’on verse aux sans-emploi, génère une consommation dont les bénéfices prennent la direction de leurs tiroirs-caisses. Quand on a compris cela, on comprend pourquoi certains poussent encore et toujours à l’augmentation de la population, c’est-à-dire, à l’augmentation du nombre de consommateurs… Toute l’économie européenne est pervertie par la « subventionnite ». Exemple : des pommes de terre produites en Bavière avec des subventions à l’exportation sont transportées par la route dans une usine subventionnée en Italie du Sud, pour y être épluchées et taillées en forme de frite et ramenées dans un pays limitrophe de l’Allemagne. Ce transfert est facilité par les privilèges fiscaux dont bénéficient les transporteurs routiers. La stratégie des technocrates de Bruxelles consiste, en gros, à donner de l’argent aux pays « pauvres » de l’UE, pour que leurs produits déjà peu coûteux concurrencent davantage les nôtres et enrichissent un peu plus les imports-exports. Voilà à quoi sert une partie des impôts que nous versons à l’UE. Et l’on ose parler de libéralisme, alors qu’il s’agit d’un dirigisme particulièrement cynique et injuste ! Douze ans après le Traité de Maastricht, les pays de l’UE n’ont jamais été aussi endettés, tandis qu’une frange de la population s’est notablement enrichie… Beaucoup d’autres problèmes très graves vont surgir, si on ne fait rien maintenant. Le niveau de population est déjà bien trop élevé par rapport aux possibilités agro-écologiques de certains pays. La surexploitation des terres agricoles, à coup d’engrais artificiel (jusqu’à 500 kg, à l’hectare) et de produits phytosanitaires va mal se terminer. Peu de pays sont réellement auto-suffisants dans le secteur alimentaire, même si on inclut les épandages d’engrais. Pire : un peu partout, on continue à bétonner et à goudronner des centaines de km2, chaque année, ce qui réduit d’autant les ressources agricoles et constitue un facteur aggravant des canicules. La consommation d’énergie primaire augmente encore partout (6 millions de TEP pour la France, en 2002). Que va-t-il se passer, si le chômage augmente encore ? Beaucoup de gens n’auront pas assez d’argent, pour acheter le carburant nécessaire à leurs déplacements ou pour se chauffer. Très peu de gens connaissent ces réalités chiffrées et irréfutables. Le plus désolant est que des responsables de mouvements écologistes les méconnaissent et préfèrent s’occuper de sujets qui n’ont rien à voir avec l’écologie… Il faudrait donc redoubler d’efforts pour informer le public. C’est difficile, mais c’est possible. En tout cas, si rien n’est fait, l’UE s’effondrera tôt ou tard, laissant des pays en ruine. Même la paix pourrait en souffrir. Il faut donc reprendre la construction de l’UE de A à Z. La première réforme à entreprendre est celle de l’économie. Pour cela, je me contenterai de reprendre la proposition avancée par le directeur d’un grand établissement industriel du bassin annécien, lors d’une conférence-débat sur le chômage, il y a une vingtaine d’années. On pourrait scinder l’économie en deux secteurs : l’un d’eux serait livré à la concurrence internationale sans restriction (automobile, électronique, que sais-je ?). Cela vaudrait mieux que l’hypocrisie actuelle. L’autre serait préservé de cette concurrence internationale et organisé à l’intérieur de chaque pays, dans le cadre d’un libéralisme de bon aloi. La concurrence s’y exercerait de façon loyale et donc limitée. Seules les entreprises mal gérées disparaîtraient. On ne mettrait plus les canards boiteux sous perfusion. En revanche, la guerre économique qui fait rage actuellement et qui tue des entreprises tout à fait viables, serait définitivement écartée. Cela permettrait de reconstituer des économies locales tout à fait satisfaisantes, de recréer un grand nombre d’emplois et d’en finir avec les échanges internationaux « bidons ». Les déplacements domicile-lieu de travail qui grèvent le budget de l’État et celui des particuliers, s’en trouveraient également réduits avec des avantages qu’il n’est même pas nécessaire de décrire. Quoi qu’il en soit, il est temps de mettre fin aux dérives mercantiles de l’UE.
* Retraité de l’Enseignement Agricole de Haute-Savoie. Adhérent de Génération-Ecologie.
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