Milliere Guy - samedi 25 septembre 2004
La victoire de George Bush lors de l’élection présidentielle du 2 novembre prochain ne fait désormais plus guère de doute. Sauf retournement de tendance imprévisible, elle pourrait même se révéler plus ample que pronostiqué. Je peux renvoyer tous ceux qui entendraient comprendre ce qui se passe et tous ceux qui pourraient s’étonner de l’absence de clairvoyance de la plupart des membres de la classe parlante française à mon dernier livre, en librairie depuis le 9 septembre, et titré précisément « Pourquoi Bush sera réélu ». Rien ne remplace la lecture exhaustive d’un ouvrage. Il est possible néanmoins de donner ici quelques pistes. 1. La plupart de ceux qui s’intéressent aux États-Unis de ce côté ci de l’Atlantique se trompent car ils ne connaissent pour l’essentiel que les villes. Or, celles-ci sont beaucoup plus à gauche que la moyenne générale américaine. Les États-Unis sont un pays immense au sein duquel les journalistes, les artistes, les bourgeois bohèmes des villes constituent une minorité très bruyante, mais qui a fort peu à voir avec ce qu’on appelle outre-Atlantique la « middle America », cette contrée qui commence à une dizaine de kilomètres de New York et qui s’arrête à une dizaine de kilomètres de San Francisco. Dans la « middle America », on est viscéralement patriote, on est attaché aux valeurs judéo-chrétiennes, on sait que la liberté a un prix qu’il faut parfois payer très cher. On sait surtout que l’Amérique est en guerre contre le terrorisme islamique et on sait que le terrorisme islamique est la forme prédominante aujourd’hui du totalitarisme. On sait, enfin, qu’avec le totalitarisme, il n’y a pas d’accommodements possibles et qu’il faut se battre, avec courage et détermination. On pense qu’un président est quelqu’un qui doit avoir des tripes et de la détermination, et Bush apparaît porteur de des qualités. 2. Ceux qui s’intéressent aux États-Unis de ce côté-ci de l’Atlantique se trompent aussi parce qu’ils sous-estiment gravement la perception par le peuple américain de la situation en Irak et de la guerre en général. Quand des attentats odieux sont commis à Bagdad ou ailleurs, quand des monstres sanguinaires coupent des têtes, quand des terroristes agissent en Israël, l’essentiel du peuple américain s’imprègne d’un sentiment de révolte face à ce qu’il perçoit à juste titre comme de la barbarie injustifiable, et l’essentiel du peuple américain redouble de colère et de détermination. Chacun hors des grandes villes sait que la guerre sera peut-être longue, mais qu’elle doit être menée si la civilisation et la décence doivent survivre. Le terrorisme est au cœur de la campagne électorale non pas parce que les Américains ont peur, comme le dit une certaine presse, mais parce que le terrorisme est la donnée centrale de la période historique actuelle. 3. Les démocrates sont tellement persuadés que l’élection se jouera sur l’aptitude perceptible à être le meilleur commandant en chef que leur convention a été centrée sur la fierté d’être américain et sur le passé guerrier de John Kerry. Malheureusement, et malgré tous les efforts des conseillers en communication embauchés à grands frais, la convention démocrate a été une opération cosmétique. Fort peu d’Américains ont été convaincus par l’opération. Le passé guerrier de John Kerry a lui-même, très vite, cessé d’être un atout dès lors que les déclarations ultra-pacifistes, défaitistes et diffamatrices envers l’armée américaine qu’a proférées celui-ci en 1971 dès son retour du Vietnam, ont été mises à la disposition du public. Un livre sur John Kerry est, depuis des semaines, en tête des ventes aux États-Unis, et son titre résume à lui seul le lent naufrage de la candidature démocrate : « Unfit for Command ». Inapte à commander. 4. Quoi qu’on dise ici ou là en France, l’économie américaine, dans l’ensemble, va bien. La croissance se situe nettement au-dessus de la barre des 3 %, plus d’un million de nouveaux postes de travail ont été créés depuis le début de l’année, le chômage se situe à 5,5 %, ce qui est quasiment un chiffre de plein emploi pour le pays. Une économie saine est toujours bonne pour le président sortant. 5. Dernière donnée. Le parti démocrate d’aujourd’hui n’est plus celui de John Kennedy ou de Franklin Roosevelt. Ce n’est même plus le parti de Bill Clinton. C’est un parti qui a dérivé fortement vers la gauche. C’est un parti dans lequel la « middle America » ne peut se reconnaître. Tout le mal que je lui souhaite est qu’une défaite cuisante lui soit salutaire.
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