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Présidentielle : un gagnant, sept perdants |
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Lance Pierre - mercredi 09 mai 2007
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La confortable victoire de Nicolas Sarkozy inaugure, me semble-t-il, une ère nouvelle dans la politique française. Car je crois que cette victoire repose essentiellement sur le fait que le candidat de l’UMP a jeté aux orties le vieux complexe de la droite molle, qui n’osait plus mettre en avant les vraies valeurs de droite et qui se calquait plus ou moins sur l’idéologie de la gauche, ce qui n’aboutissait qu’à lui servir la soupe. Et ce qui a fait la montée du Front National pendant trois décennies, c’est précisément le fait que Jean-Marie Le Pen n’avait pas ce complexe et revendiquait franchement les valeurs nationales.
On a dit que Sarkozy s’était mis à chasser sur les terres du FN. Mais pourquoi vouloir toujours “mesquiniser” l’action des hommes politiques ? Doit-on leur dénier a priori toute sincérité ? Doit-on penser qu’ils font toujours tout par calcul ? Ils calculent, certes, car il le faut bien. On ne gagne pas un dur combat sans tactique ni stratégie.
Mais j’incline à penser que lorsque Nicolas Sarkozy nous dit qu’il aime la France et qu’il veut restaurer ses valeurs, il le dit autant avec son cœur qu’avec sa tête. Et les électeurs du Front ne s’y sont pas trompés. Quelque attachement qu’ils aient ressenti envers le vieux chef blanchi sous le harnais, ils ont compris qu’un jeune champion ardent et pugnace avait plus de chances de remporter le match. Et ils ont refusé dans leur majorité de suivre la consigne d’abstention donnée pour le second tour par Jean-Marie Le Pen. De sorte qu’il est le grand perdant de cette présidentielle, car il a perdu deux fois. Toutefois, comme il le dit lui-même, s’il a perdu, du moins certaines de ses idées ont-elles gagné. N’est-ce point l’essentiel pour un homme, lorsqu’il approche du soir de sa vie ?
Mais Le Pen n’est pas le seul perdant, bien loin de là. La cuisante défaite de la “panthère rose”, dont l’agressivité a plus déplu que plu, n’a fait qu’entériner la chute du plus archaïque des partis socialistes européens. Il ne s’en remettra peut-être pas, et c’est tant mieux. Et que dire de Marie-George Buffet, dont le parti communiste est réduit à l’état de groupuscule symbolique. On constate ici à quel point sont lentes les évolutions politiques, car l’acte de décès du communisme a été délivré lors de la chute du mur de Berlin. Mais il aura fallu chez nous presque vingt ans pour qu’on en arrive aux obsèques. Sans doute un effet de ce que l’on appelle la “viscosité sociale”.
Autre grand perdant : Philippe de Villiers, qui pourtant n’était pas le plus nul sur le plan des idées. Mais celui que les mauvaises langues appellent “le fou du Puy” apparaissait trop comme une pâle copie de Le Pen, et n’avait donc aucune chance. Au moins a-t-il eu la sagesse de se rallier clairement à Sarkozy, sagesse que n’a pas eue François Bayrou, qui fut très décevant. Qu’il ait tenté sa chance au premier tour, afin de prouver l’existence du centrisme, très bien. Mais dès lors qu’il n’était plus dans la course, il aurait dû revenir dans sa famille naturelle, comme nombre de députés UDF l’ont fait et, dès lors, il s’en tirait avec les honneurs.
Au lieu de cela, il s’est discrédité en des pantomimes de diva capricieuse, s’obstinant à jouer un rôle qui n’était plus dans le scénario et se prêtant complaisamment aux manœuvres de la candidate socialiste. Bayrou s’était attiré l’estime de beaucoup de Français. Je crains fort qu’il ait gaspillé ce capital de sympathie.
Autre perdante absolue, Dominique Voynet, dont le score anémique a laminé le parti des Verts “pastèque”. Quand on pense que Nicolas Hulot atteignait 10 % d’intentions de vote tant qu’on espérait le voir candidat, on mesure à quel point les Français refusent un écologisme gauchi. Enfin, septième grand perdant de cette élection, José Bové, dont la majorité des Français, et moi le premier, ont approuvé fortement son combat contre les OGM, mais dont l’antilibéralisme dogmatique confine au grotesque. Le libéralisme, qui est né avec le premier troc de la préhistoire, est l’unique instrument de prospérité dont l’humanité dispose.
En le rejetant, toutes les sociétés communistes se sont vouées à la ruine. Le libéralisme doit seulement apprendre à respecter la nature, et tout ira bien. Aussi ai-je grandement apprécié qu’à l’heure de sa victoire, Nicolas Sarkozy ait tenu à rappeler la priorité de l’écologie. C’est de bon augure.
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