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Prise d’otage au musée du Louvre


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Entretien - mercredi 30 avril 2008


Les mirages de l'art contemporainEntretien avec Christine Sourgins

Historienne de l’art, auteur de « Les mirages de l’Art contemporain » (La Table Ronde)

À côté de Rubens s’écroulent des pierres tombales ; devant Van Eyck se dresse un mannequin à tête d‘oiseau ; en face de Rembrandt pend une carcasse de scarabées ; avec, çà et là, des dessins usant de sang ou de sperme… Qu’arrive-t-il au Louvre qui ouvre pour la première fois (du 11 avril au 7 juillet) un département entier – celui de la peinture flamande – à Jan Fabre ?…

Votre première impression après la visite de l’exposition Jan Fabre ?

Cette exposition frappe par le caractère envahissant des interventions : une quarantaine (certaines composées de plusieurs éléments et souvent de taille imposante). Conséquence immédiate : la visibilité des chefs-d’œuvre du Louvre en est affectée. Certaines installations empêchent physiquement de voir pleinement les œuvres anciennes ou occupent tant de place qu’aucun recul n’est possible. Il y a là, de la part des conservateurs responsables, un manquement grave à l’une de leurs missions fondamentales, la présentation des œuvres, qui, avec la conservation, l’étude (et, dans la mesure du possible, l’accroissement des collections) justifie leur profession.

La fonction perturbatrice est une constante d’un certain art dit contemporain, qu’on abrège en « AC », pour montrer qu’il s’agit d’un genre et non de l’art de nos contemporains en général. Selon cette logique, Fabre parasite donc la lecture du passé et détourne à tour de bras les œuvres anciennes (le détournement est un des principes de l’AC), il occupe le centre d’une salle et prend les vieux maîtres en otage. Rubens, Rembrandt ou Van Eyck, deviennent des comparses, quand ils ne paraissent pas faire de la figuration autour de sa majesté (de carnaval), Fabre !

Il se produit aussi un effet de zapping, un coq-à-l’âne muséal contraire à l’esprit qui a présidé à la création des œuvres anciennes, c’est anti-pédagogique au possible.
Dans la galerie Médicis, les chefs d’œuvres de Rubens pâlissent derrière un tohu-bohu de pierres tombales qui tire Marie de Médicis vers le burlesque !

Dans ces conditions, quel intérêt le Louvre a-t-il à présenter des artistes issus de cette mouvance d’Art contemporain ?

Cette atteinte à l’aura de l’œuvre n’est pas un dégât collatéral, c’est le but de la manœuvre. Le Louvre, qui veut faire valser ses collections, d’Abou Dabi à Vérone, pour qu’elles rapportent. Il nous dit ainsi : « Ce que vous vénérez comme des œuvres insignes de l’esprit ne sont que de vulgaires brimborions. Pour peu que vous les regardiez avec Fabre d’un œil « contemporain », ce sont donc des marchandises comme les autres, que nous avons bien raison de commercialiser…». Il y a là une manipulation psychologique dont l’AC est coutumier.
Les œuvres d’AC ne visent pas seulement à perturber visuellement, elles portent en elles-mêmes un discours insidieux.

Devant un tableau représentant la Cène du Christ par Pourbus, Favre pose une énorme sphère de bousier recouverte d‘élytres bleu-vert au rutilement précieux (le scarabée est un de ses animaux fétiche et l’on sait que l’insecte pousse devant lui une boule d’excrément). Non seulement cette gigantesque sphère, sur un matelas géant, gêne la vision du tableau flamand, mais elle désigne insidieusement les œuvres des artistes du passé comme des « merdes » précieuses – des ordures haut de gamme ; en somme!

Ce lien entre matière précieuse et fiente est repris par les oiseaux en verre teinté, fragiles et délicats, que Fabre a multipliés dans l’escalier Lefuel et intitulés, je cite : « colombes qui chient et qui volent ». On peut se demander si ces pigeons ne sont pas, pour l’artiste, les alter ego des visiteurs…

Mais Jan Fabre affiche une ambition spirituelle ?


Le phénomène de christification de l’artiste, martyr et « sauveur du monde », qui verse son sang « pour l’humanité », est un thème éculé de l’AC, que le Louvre fait mine de découvrir.

Laissons les théologiens apprécier cette religion de substitution, qui s’affiche sur un mur garni de croix funèbres aux queues reptiliennes, très « mouvement gothique » ! Mais il est quand même hautement comique de lire que le gisant de l’artiste, hérissé de punaises, « recrée l’espace sacré d’une chapelle (…) instaure une atmosphère propice au recueillement».
D’autant que ce « mystique » profane a la prétention de créer un « homme nouveau », qui serait personnifié par l’ange – d’où le titre de l’exposition : « L’Ange de la métamorphose ».

Remarquons la coïncidence entre les affirmations arbitraires qui parsèment l’exposition et la volonté de présenter l’AC comme un art de même nature que celui de Bosch ou Vermeer : on intime au spectateur d’adhérer à ce que le clergé muséal et le prêtre artiste nous somment de prendre pour de l’art.

Il y a manifestement confusion entre foi et obéissance. Mais c’est la suite du geste de Marcel Duchamp inventant le ready-made : « Ceci (une pissotière par exemple), est une œuvre d’art parce que moi, artiste (ou, nous, institution, musée), je le dis (ou nous le disons). »

Voici quelques-uns des « dogmes artistiques » assénés au fil de l’expo : vous devez croire que le ver de terre « mangeur de cadavre est symbole d’imputrescibilité ». Et ce, au rebours de la symbolique séculaire et du bon sens, puisque le ver a toujours symbolisé la pourriture !

De même, vous devez croire que les croix reptiliennes, au milieu de têtes de mort dévorant des animaux, symbolisent toujours la résurrection (puisqu’on vous le dit !). Notez que la bohémienne de Frans Hals, à côté de ce bric-à-brac macabre, a l’air d‘une folle !

Une peinture ancienne représente un greffier avec sa famille et un perroquet ; Fabre lui associe des dessins de « perroquets et de munitions » en usant de sperme. Sous prétexte que « la semence fait le lien entre la naissance et la mort ». Le rapprochement est pour le moins tiré par les cheveux.

Pourtant Fabre se targue de respecter le travail de ses prédécesseurs…

L’humilité qu’il affiche est feinte : le brave homme se représente en ver de terre, pour bien marquer sa petitesse face aux géants de l’art qui l’entourent. Oui, mais c’est « le ver de terre le plus grand du monde » ! En réalité, c’est le spectateur qui est la cible constante de l’humiliation. Sans cesse, les cartels lui signalent qu’il est confronté à la mort, à sa mort. D’où ce bazar funèbre qui « résume un combat perdu d’avance de l’homme contre la mort et pousse le spectateur à adopter une attitude humble ».
Bref, à courber l’échine (il y a beaucoup de vertèbres dorsales en effet) devant Fabre et l’AC, thanatopracteurs en chef.

Le musée suggère que le choc des cultures anciennes et contemporaines produirait un enrichissement de la pensée…


La pensée ? Mais la littéralité de la pensée est confondante ! À l’entrée, Fabre « se heurte littéralement au mur de l’histoire, en voulant regarder de près le chef-d’œuvre ancien ». Le mannequin de l’artiste se cogne donc contre la copie d’un tableau flamand et pisse le sang ! On se croirait dans un mauvais musée Grévin.
Sans compter les blagues dans le style farces-et-attrapes : un mannequin a du jambon enroulé autour des mollets. Ce serait une illustration d’une expression flamande (« avoir du jambon aux jambes » signifie foncer ) ; oui, mais cela se déroule dans la salle du célèbre portrait de Jehan Le Bon ! Cherchez le calembour…
Ajoutons-y quelques truismes donnés pour des pensées profondes : Fabre expose un matelas et « tente un rapprochement entre le sommeil et la mort » : en voilà de l’inédit ! Le tout fait songer à une phrase de Cocteau : « Un des drames du monde moderne est que la bêtise s’est mise à penser ».

Comment l’exposition est-elle reçue ?


En discutant avec les visiteurs et les gardiens, on comprend que le public est très déçu. Mais il est venu en nombre et nul doute que le Louvre ne transforme sa présence chagrine en succès.

Même si des ouvrages comme celui d’Aude de Kerros, « L’art caché », ou le mien sur « Les mirages de l’Art contemporain » ont démonté les ressorts de l’AC, le grand public n’est pas averti. Il est donc incapable de discerner les enjeux profonds de l’opération.
L’explication commune devient donc : le Louvre a voulu faire un coup publicitaire et nous attirer pour revoir les Flamands ; Fabre est perçu comme un repoussoir. Explication qui ne résiste pas à l’analyse, car le public, joué une fois, ne reviendra plus. Or ce type d’exposition se multiplie : verra-t-on un jour nos chefs- d’œuvres à Abou Dabi ou ailleurs et nos salles vides occupées par l’AC ? Pour le plus grand profit du marché international de l’AC, hautement spéculatif ! Car un artiste contemporain exposé dans un lieu de patrimoine voit sa côte monter en flèche !
Qu’en penseront les visiteurs étrangers ? Ce Chinois qui faisait les yeux ronds en sortant de la Galerie Médicis ne dissuadera-t-il pas ses compatriotes de traverser la planète pour voir des blagues de potaches ? Est-ce cela, la délocalisation de la culture qu’on nous prépare ?

SIGNER LA PETITION CONTRE L'EXPOSITION JEAN FABRE AU LOUVRE

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En bref
Déficit
Le déficit de la France en 2009 devrait s’élever à 2 % du PIB, au lieu des 1,7 % initialement prévus…

Divers faits
Moscou > Moscou est la ville du monde qui compte le plus de milliardaires : 74 habitants possèdent plus d’un milliard de dollars. Les États-Unis restent le pays qui compte le plus de milliardaires : 469 !

Amazonie > En trente ans, l’Amazonie brésilienne a perdu 700 000 km2.

Logement > Un quart des bénéficiaires du RMI, de l’allocation parent isolé ou de l’allocation de solidarité spécifique ne disposent pas de leur propre logement. La moitié des autres résident dans des logements sociaux et seulement 10 % sont propriétaires de leur logement…

Japon > En 2006, 670 entreprises françaises étaient présentes au Japon, contre 200, trois ans plus tôt. La France est ainsi le 3e investisseur étranger au Japon. Mais notre balance commerciale avec l’archipel reste fortement déficitaire : 5 milliards d’euros…

Allemagne > 68% des Français estiment que l’Allemagne détient le leadership en Europe, contre 57 % seulement des Allemands !

Budget > Selon Éric Woerth, ministre du Budget, l’État devrait économiser 30 milliards d’euros en trois ans pour parvenir à l’équilibre budgétaire en 2012 (pour 2008, c’est déjà raté, puisque le programme d’économies ne prévoit que 7 milliards d’euros de coupes budghé)…

Hôpital > La France compte 250 000 lits d’hospitalisation en court et moyen séjour, soit 4 lits pour 1 000 habitants.




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