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Proche-Orient : Inquiétants progrès du chiisme


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Thieulloy (de) Guillaume - dimanche 13 mars 2005


Les Libanais tentent de rééditer l’exploit ukrainien d’une « révolution de velours », en manifestant, sans discontinuer depuis l’assassinat de Rafic Hariri, sur la Place des Martyrs à Beyrouth.
Ils ont récemment obtenu une première victoire, avec la démission du gouvernement pro-syrien d’Omar Karamé.
Confortés par le soutien des Nations Unies, et surtout par l’accord – rare, dans cette région du globe ! – entre Paris et Washington pour exiger le retrait des troupes syriennes du Liban, les Libanais semblent décidés à aller jusqu’au bout.
Devant cette détermination du peuple libanais, devant cette union de forces politiques et religieuses autrefois disparates et divisées, et devant la pression internationale, pour la première fois, le gouvernement syrien de Bachar al-Assad a envisagé un retrait sans condition de ses troupes hors du sol libanais.
Il y a évidemment lieu de se réjouir de la perspective de voir un pays retrouver sa liberté, et plus encore un pays aussi cher au cœur des Français que le Liban.
Pourtant, cet enthousiasme ne doit pas empêcher de demeurer lucide sur les événements en cours.
Or, nous regardons trop volontiers le Liban avec des yeux d’Occidentaux. En gros, les chrétiens formeraient une forte minorité, les musulmans une courte majorité et, aujourd’hui, l’oubli des divergences religieuses permettrait une union politique.
La réalité est infiniment plus complexe. D’abord, parce que les chrétiens, comme les musulmans, ne forment pas des groupes homogènes. Ensuite, parce qu’aucune union politique conjoncturelle ne peut faire oublier des morts trop récentes. Enfin, parce que le Liban est un pays indépendant depuis trop peu de temps pour qu’il soit facile d’y faire triompher une logique politique, que nous pourrions dire d’« union sacrée ».
Par comparaison, souvenons-nous de nos propres guerres de religion. Alors qu’une « conscience nationale » française existait depuis trois ou quatre siècles, les forces centrifuges ont failli l’emporter et il fallut la poigne de fer d’Henri IV pour imposer le triomphe du parti des « politiques »…
En tout cas, la proximité historique et culturelle entre la Syrie et le Liban ne facilitera certainement pas l’établissement d’un climat politique sain dans le pays, après le départ des troupes syriennes. D’autant plus que les pro-syriens détiennent la quasi-totalité des ressources économiques du Liban.
Mais le danger principal vient d’ailleurs : il vient du poids de la communauté chiite au sein de l’islam libanais, et partant au sein de la vie politique libanaise. On estime son poids électoral autour de 40 % ou 45 %. Ce n’est certes pas autant qu’en Irak ou en Iran, mais c’est tout de même la principale force du Liban. Par ailleurs, que cela plaise ou non en Occident, le Hezbollah est auréolé de la gloire d’une victoire sur Israël, puisque le retrait de 2000 est le seul cas, depuis 1948, où l’armée israélienne s’est retirée sans contrepartie d’un territoire qu’elle avait conquis. Enfin, le chiisme vient de remporter largement les élections irakiennes. Le chiisme iranien, pour sa part, tient tête à la communauté internationale et aux États-Unis en particulier, sur le dossier de son armement nucléaire. En un mot, le chiisme, longtemps persécuté par l’islam « officiel », a le vent en poupe.
Par ailleurs, contrairement à l’islam sunnite, le chiisme présente un avantage considérable pour le combat politique – ou militaire : les chiites obéissent à une hiérarchie religieuse bien repérée. Au contraire, au sein du sunnisme, l’autorité d’un Ben Laden peut être balancée par l’autorité d’un imam « modéré ».
La guerre que les États-Unis ont déclenché contre Al Qaïda, après avoir soutenu l’islam wahhabite pour faire pièce au chiisme iranien, ne peut, pour le moment, que faire le jeu du chiisme.
Certes, qui dit chiisme ne dit pas nécessairement terrorisme. Mais il est évident que des chiites au pouvoir en Irak, en Iran et au Liban changeraient considérablement la face de cette partie du monde, d’autant plus que l’Arabie saoudite et la Syrie ne sont guère en odeur de sainteté actuellement.
À trop réclamer l’affaiblissement de la Syrie, comme naguère l’anéantissement du régime baasiste en Irak, les États-Unis et la communauté internationale font un choix, dont les conséquences ne me semblent pas mesurées, ni même prévisibles…

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