Trémeau Bernard - mercredi 21 juin 2006
Le programme socialiste est sorti. Il ne diminue pas les interventions de l’État en matière économique : il les augmente. Il va donc aggraver la situation économique actuelle de la France, puisque cette situation est créée par des interventions déjà trop fortes de l’État dans l’économie. Tous les pays qui ont diminué les interventions de l’État dans l’économie ont réduit, sans aucune exception, le chômage. Au lieu de copier ces pays, le parti socialiste français propose d’aggraver la situation actuelle, alors que tous les partis socialistes européens ou anglo-saxons ont adopté une forte diminution des interventions de l’État. Même le parti communiste au pouvoir en Chine réduit les contraintes de l’État sur l’économie.
Il existe dans l’opinion publique française un très fort courant de pensée considérant que le libre comportement économique des individus aboutit forcément à l’exploitation du plus faible par le plus fort.
L’État doit donc utiliser sa puissance pour défendre le faible contre le fort, pour s’opposer à la « dictature du marché ». Dès l’école, l’enseignement de l’économie passe totalement sous silence le nécessaire rôle créateur des entreprises.
La bonne marche de l’économie ne peut qu’être secondaire à la mise sous tutelle des entreprises qui ne deviennent que des relais, que des exécutants. C’est l’État qui décide, non le chef d’entreprise. Le libre comportement économique ne peut être que de « l’ultra-libéralisme ». La nécessaire concurrence qui oblige les entreprises à améliorer leurs produits ou à en baisser leur prix, ne peut être qu’une affreuse « concurrence sauvage » qui tue les emplois.
Les médias reprennent ensuite à longueur de journée ce discours qui plaît à la droite jacobine de Le Pen ou à l’extrême gauche marxiste de Besancenot. Plus de 60 % des Français réclament toujours plus de solidarité. Les programmes politiques de Chirac ou de Hollande ne peuvent qu’offrir à leurs électeurs encore plus de solidarité. Même si l’aggravation du poids de l’État donne encore plus d’exclus. Les exclus viendront après les élections.
Solidarité et exclusion
Quand Martine Aubry a décidé de contraindre les entreprises françaises à ne travailler que 35 heures au lieu de 39, il est évident que la production de la France ne pouvait que diminuer de 11,6 %. Tandis que la production baissait de 11,6 %, le coût de la production restait le même. Moins d’offre et plus de demande. Deux conséquences totalement prévisibles étaient inscrites dès la sortie de la loi. D’une part une forte pression inflationniste, qu’on ne peut plus corriger par une bonne dévaluation compétitive (comme en 1936 après les 40 heures et les congés payés…). Car l’euro est maintenant la monnaie utilisée en France. Et pour limiter les dégâts, le gouvernement a réduit les charges des entreprises, ou leur a donné des subventions. Les augmentations d’impôts issues de ces aides ont augmenté le chômage.
D’autre part, la compétitivité des entreprises françaises s’est dégradée encore un peu plus, alors que notre marché est ouvert aux produits du monde entier. On achète en France et dans le monde des produits étrangers, la balance commerciale française se détériore de plus en plus.
Enfin, un terrible coup de frein a été donné à la production française et la progression du pouvoir d’achat des plus pauvres ne se fait pratiquement plus. Ce n’est pas moi qui souligne ce dernier point, c’est Ségolène, l’amie politique de Martine. Nous sommes dans une société de consommation, c’est évident, même si consommer plus ne donne pas plus de bonheur. Mais nous ne pouvons consommer que ce que nous avons produit. C’est tout aussi évident. Nous ne sommes donc pas uniquement dans une société de consommation, nous sommes dans une société d’échanges. Plus nous amenons d’œufs au marché, plus nous pourrons remporter dans notre panier de légumes ou de pain. C’est toujours aussi évident.
Ceux qui croient encore comme Besancenot que les patrons peuvent payer font une grave erreur. L’État prend déjà beaucoup trop d’argent aux entreprises françaises, elles n’en ont plus assez pour innover ou investir. Notre PIB stagne. Il stagnera encore plus. À moins d’un miracle identique à celui de la multiplication des pains, mais, malheureusement, on ne le voit pas venir…
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