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Prolifération nucléaire en Corée du Nord et Iran


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Artur du Plessis Laurent - mercredi 18 octobre 2006


Iran et Corée du Nord se disputent la Une de l’actualité nucléaire mondiale. L’explosion atomique revendiquée par Pyongyang, quoique partiellement ratée, a bien eu lieu, comme l’attestent les particules radioactives décelées par les Américains dans l’atmosphère. Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté, à l’unanimité de ses 15 membres (dont 5 permanents), la résolution 1718 prévoyant un embargo sur « les armes et matériels connexes », « les matériels liés à la technologie nucléaire ou à celle des missiles », ainsi que « les produits de luxe ». Cette résolution appelle tous les États membres à faire respecter « ces embargos, y compris en procédant à l’inspection de toute cargaison à destination ou en provenance de Corée du Nord ». La résolution 1718 exige, de la Corée du Nord, le renoncement à tout nouveau test, et son retour aux pourparlers à six (Chine, Etats-Unis, Japon, Russie, les deux Corées), qu’elle boycotte depuis novembre 2005. Toutefois, le texte exclut le recours à la force, conformément aux requêtes sino-russes.

Les esprits forts n’avaient pas manqué de tourner en ridicule George Bush, quand, en janvier 2002, il avait stigmatisé un « axe du mal » Irak, Iran, Corée du Nord. L’Irak n’était pas en relation avec les deux autres pays, mais les liens entre ceux-ci sont fournis. La Corée du Nord a vendu sa technologie balistique, héritée des Russes, à l’Iran et au Pakistan, et ce dernier a exporté de la technologie nucléaire vers la Corée du Nord et l’Iran, via le réseau du docteur Abdul Qadeer Khan, père de la première bombe islamique. Le président Musharraf a avoué, dans ses Mémoires récemment publiées, le transfert de centrifugeuses pakistanaises modernes, de type P2, à la Corée du Nord. L’Agence internationale de l’énergie atomique avait révélé que l’Iran avait bénéficié, lui aussi, de la même technologie. La Corée du Nord finance ses recherches par des trafics de fausse monnaie, de drogue, de technologie des missiles. Elle compte aussi vendre sa technologie nucléaire, une fois celle-ci mise au point. Il existe une « Division 39 », chargée de ces trafics. Washington a pris des contre-mesures financières, obtenant la fermeture, en Chine ou à Macao par exemple, de comptes bancaires accueillant l’argent de ces trafics. Mais la Russie, qui héberge aussi ces comptes, a refusé, jusqu’à présent, de les supprimer. De quoi douter de sa détermination dans cette crise (comme dans celle de l’Iran). De même, la Chine joue double jeu. Elle s’offusque de l’essai nucléaire nord-coréen. Mais, étant le premier partenaire économique de Pyongyang et l’approvisionnant en pétrole, elle n’a jamais interrompu ses relations avec cet allié traditionnel, bien que cela aurait paralysé ses industries d’armement. Une Corée du Nord dotée d’un arsenal nucléaire et de missiles à longue portée servirait le dessein chinois de réunification avec Taiwan, en l’épaulant contre les forces américaines d’Asie de l’Est.

La thèse du professeur américain Samuel Huntington, auteur du « Choc des civilisations », sur « l’axe islamo-confucéen », est corroborée par la crise nord-coréenne : comme celle de l’Iran, elle éclaire les solidarités entre l’Iran et le Pakistan, pays musulmans, et la Corée du Nord et la Chine, d’obédience confucéenne. La Russie se rapproche de cet axe. Le Japon, ennemi historique de la Chine, resserre ses liens avec les États-Unis. La course nord-coréenne à l’armement atomique ne sera probablement pas interrompue, vu les doubles jeux russe et chinois. Aussi, le Japon fabriquera-t-il à son tour, probablement, sa bombe.

Les régimes de Pyongyang et Téhéran défient l’Occident, comme s’ils se concertaient, se légitimant par le nucléaire, à l’intérieur et à l’extérieur. La prolifération nucléaire est lancée. Les puissances atomiques, 9 aujourd’hui, pourraient être 15 ou 20 en 2020. Des trois pays pointés par Bush en 2002, l’Irak est devenu un bourbier islamiste, et la Corée du Nord ne peut être attaquée par les Etats-Unis : elle est l’arrière-cour de la Chine. En outre, aucun voisin, pas même la Corée du Sud, ne souhaite la réunification des deux Corées, dangereuse pour les équilibres économiques et politiques de la région. Reste l’Iran, moins proche de la Chine que la Corée du Nord, très riche en pétrole et en gaz, et puissance régionale hostile au projet américain de Grand Moyen-Orient.

Gageons que Georges Bush n’aura pas quitté définitivement la Maison Blanche, en janvier 2009, sans avoir lancé une attaque aérienne de grande envergure sur ce pays : cela serait un avertissement aux autres candidats à la bombe, et redonnerait du poids aux États-Unis en tant que gendarme du monde.


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