Dumait Alain - samedi 05 juin 2004
Le terrorisme islamiste n’a, bien sûr, pas commencé avec les attentats du 11 septembre 2001. Et l’engagement de l’Amérique contre ce terrorisme ne date pas non plus de ce jour. C’est en effet à la fin des années soixante-dix que les États-Unis, progressivement, se sont retrouvés directement impliqués dans les affaires du Moyen-Orient, en particulier sous l’effet de trois événements successifs : la révolution islamique en Iran ; l’invasion de l’Afghanistan par l’ex-URSS ; puis, en Irak, l’installation par Saddam Hussein d’un pouvoir dictatorial et sanguinaire. Jusque-là, les États-Unis s’efforçaient de ne pas se mêler des affaires de cette région. Mais, à partir du moment où le contrôle et la sécurité du Golfe arabo-persique risquaient d’être mis en cause, il en alla tout autrement. C’est d’ailleurs un président américain démocrate et réputé pacifiste, Jimmy Carter, qui, en janvier 1980, dans son dernier discours sur l’état de l’Union, annonçait que toute tentative de déstabilisation de cette région serait considérée par son gouvernement comme une attaque contre les intérêts vitaux des États-Unis et entraînerait une riposte avec les moyens nécessaires, y compris militaires. L’attaque de G. W. Bush contre la tyrannie irakienne n’était donc pas tout à fait une improvisation. Elle s’inscrit bel et bien dans un consensus qui, aux États-Unis, aujourd’hui encore, est si fort que l’adversaire démocrate de George Bush, John Kerry s’engage pour sa part à accroître les moyens pour lutter contre le terrorisme international. Mais à le faire en Afghanistan plutôt qu’en Irak… On se polarise souvent, de ce côté-ci de l’Atlantique, sur l’affaire des armes de destruction massive (ADM) qui auraient servi de prétexte au déclenchement des hostilités par la coalition menée par les États-Unis. Sans doute y a-t-il eu, comme toujours, dans ces situations, une part de manipulation. Mais il est à noter que tous les services secrets du monde entier partageaient la même conviction. Personne ne doute que Saddam Hussein aurait pu se servir de telles armes s’il avait pu en posséder. Et il est prouvé que, jusqu’au début des années quatre-vingt-dix, il en a bel et bien détenu. Les stocks que l’on croyait trouver dans des endroits secrets n’ont pas été mis à jour. Mais l’enquête n’est pas tout à fait terminée. Les limiers américains, qui continuent leur traque, sont maintenant sur des pistes qui les mènent en Syrie ou en Jordanie… Mais ce qu’on a trouvé en Irak, dans des proportions qui, sur ce point, ont hélas dépassé toutes les attentes, ce sont les charniers révélant après-coup les horreurs de ce régime dont le chef, tout en massacrant ses concitoyens par millions, était pourtant l’ami de nombreux chefs d’État. Ne pas regretter l’intervention de l’armée américaine en Irak et reconnaître en même temps, que, jusqu’à présent, celle-ci s’est traduite non pas par une diminution mais par une augmentation de la menace terroriste internationale peut paraître contradictoire. Cette opposition amène les plus radicaux des conservateurs américains (exemple : les libertariens du Cato Institute, <www.cato.org>) à parler d’une « erreur » (« Irak : the wrong war »). Non seulement, la note est salée : quelque 150 milliards de dollars pour les contribuables américains ; non seulement le sentiment anti-américain n’a jamais été aussi fort dans le monde ; mais encore, les terroristes d’Al-Qaida font parler d’eux tous les jours ! Sans doute ne faudrait-il engager que les guerres que l’on gagne. Et la deuxième guerre d’Irak est loin d’être gagnée. Mais elle n’est pas perdue non plus. Pour remplacer le régime honni de Saddam Hussein, les États-Unis ont l’ambition de mettre sur pied, dans ce pays, un régime un peu plus démocratique. On peut sourire de ce projet, et prétendre que tous les pays de culture arabo-musulmane sont congénitalement incapables d’être gouvernés selon de telles règles. Mais ce serait évidemment stupide, et contraire à deux observations : dans ce monde qui va de l’océan indien à l’océan atlantique, certains pays sont plus « démocratiques » que d’autres. Et tout semble indiquer qu’un gouvernement intérimaire assez représentatif sera bien en place à Bagdad le 30 juin prochain. L’un des acquis les plus importants de la civilisation occidentale est la relation construite au fil des siècles entre la prospérité, la sécurité et la démocratie. Certains prétendent que ce système social serait historiquement et géographiquement limité. Ils s’imaginent que la Chine nous en administre présentement la démonstration : celle de la prospérité, sans la démocratie. Personnellement, je doute fort de la pérennité du modèle chinois, avec son parti communiste toujours omniprésent, avec des droits de propriété inexistants. Je préfère le modèle indien, avec son nouveau Premier ministre issu de la minorité sikh. Et je crois que la démocratie, même relative, n’est impossible nulle part. Pas même en Irak ni demain en Arabie Saoudite. Et, même imparfaite, ces nouvelles démocraties seront toujours plus efficaces contre le terrorisme que les dictatures qui l’ont enfanté.
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