Rouxel Jean - samedi 05 juin 2004
Les élections pour la désignation des représentants de la France au Parlement européen n’ont jamais passionné les Français. En 1999 comme déjà en 1989, le taux d’abstention a dépassé les 50 %. Cette fois-ci, le 13 juin, si l’on dépassait les 60 %, ce serait la preuve que l’introduction de règles tarabiscotées pour un scrutin sans enjeu politique était une mauvaise idée, sauf à vouloir, avec cynisme, éloigner un peu plus ceux qui œuvrent à la construction européenne de ceux qui en bénéficient, ou bien la subissent. Pourtant, le vendredi 28 mai au soir, le ministère de l’Intérieur enregistrait, pour les huit circonscriptions, pas moins de 168 listes déposées par 41 formations politiques, rassemblant 3 432 candidats ! Le contraste entre le désintérêt de l’opinion pour ce scrutin, comme le peu de poids des Parlementaires dans la marche de l’Europe d’une part, et cette espèce de prurit électoral, d’autre part, est un phénomène saisissant sur lequel se pencheront, espérons-le, nos meilleurs politologues. Risquons ici deux explications. • Bien que souvent appelés à se rendre aux urnes, les électeurs ne sont jamais, depuis longtemps, amenés à se prononcer clairement sur des choix de société. On les a bien interrogés sur le Traité de Maastricht, mais c’était un grimoire incompréhensible. La dernière fois qu’ils ont été consultés en termes clairs, c’était sur le statut de la Nouvelle-Calédonie… Mais jamais sur l’euro ou l’immigration. Et on a bien noté que Jacques Chirac, supposé gaulliste, qui se prétend favorable à la pratique du référendum, se garde bien de s’engager à consulter les Français sur la Constitution européenne ou sur l’entrée de la Turquie dans l’Europe chrétienne. Du coup, chaque consultation est détournée par les électeurs pour être transformée en un référendum de fait. • La majorité des listes présentées n’ont à peu près aucune chance d’avoir le moindre élu, parce que la loi exclut de la distribution des sièges toutes celles qui n’atteindront pas 5 % des suffrages. Au-delà de l’ego de personnalités assoiffées de reconnaissance médiatique, leur présence est surtout la conséquence du mauvais fonctionnement démocratique de notre vie publique. Quatre ou cinq listes, plutôt que 28, suffiraient en Ile-de-France, pour couvrir le spectre de l’ensemble des sensibilités de l’opinion publique. Mais cela supposerait que chacune des formations politiques ayant pignon sur rue, en particulier l’UMP et le PS, sachent organiser en leur sein, de véritables débats et qu’elles supportent l’expression d’opinions diverses. On en est loin
3 commentaires - Ecrire un commentaire
|