Bonus WEB - lundi 22 novembre 2010
sarkozy
L’affaire Woerth n’était qu’une aimable plaisanterie, auprès de celle qui se dessine et qui éclabousse le président de la République lui-même. Peuplée par 13 millions d’habitants, Karachi est la capitale économique du Pakistan. C’est aussi dans cette ville que, le 8 mai 2002, eut lieu un attentat-suicide qui tua 14 personnes, dont 11 Français employés par la Direction des Construction Navales.
Cet attentat aurait pu avoir été commis en « punition » de l’arrêt du versement de commissions aux acteurs pakistanais d’un marché portant sur la vente de sous-marins à ce pays par la France en 1994. Ces commissions auraient elles-mêmes donné lieu à des rétrocommissions qui auraient servi à financer la campagne d’Edouard Balladur, dans lesquelles certaines rumeurs accusent Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget, d’avoir été impliqué. Elu, Jacques Chirac, « ami de trente ans » et rival de Balladur, aurait ordonné en 1995 de mettre fin à ces pratiques.
Le témoignage récent de l’ancien ministre de la Défense Charles Millon, qui a déclaré avoir eu, « au vu des rapports des services secrets et des analyses qui ont été effectuées par les services du ministère », « l’intime conviction qu’il y avait eu des rétrocommissions », vient étayer ces soupçons, de même que les déclarations de Dominique de Villepin, qui a lui aussi fait part de ses « très forts soupçons de rétrocommission », en ajoutant toutefois deux jours plus tard ne pas en avoir de « preuve formelle ».
Le 9 novembre, le président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré, a refusé de transmettre au juge Renaud Van Ruymbeke la transcription des débats qui, en 1995, avaient conduit les rapporteurs du Conseil constitutionnel à conseiller aux « sages » de refuser de valider les comptes de campagne d’Edouard Balladur. Le Conseil, alors présidé par ce grand honnête homme de Roland Dumas.
Debré et Accoyer refusent au juge l’accès à l’information
Pour refuser de communiquer ces pièces, l’ancien factotum de Jacques Chirac a argué du « secret qui s’attache aux délibérations » et de l’article 63 de la Constitution, qui fixe à 25 ans le délai d’accès à ces archives. Le 20 octobre dernier, Michèle Alliot-Marie, encore Garde des Sceaux, avait pourtant estimé que la justice pouvait consulter ces documents.
Par ailleurs, le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a également refusé, au nom de la « séparation des pouvoirs », de transmettre à la Justice les comptes rendus des auditions des personnes entendues par la mission d’information parlementaire sur l’attentat de Karachi, créée en octobre 2009.
Apparemment, la « séparation des pouvoirs » signifie, pour Accoyer, que les lois votées par les parlementaires ne concernent que le commun des citoyens, et ne s’appliquent pas à nos élus – ni au pouvoir exécutif !
A quoi jouent Jean-Louis Debré et Bernard Accoyer ? Le premier n’est pas connu pour aimer d’amour tendre Nicolas Sarkozy. Le second, en revanche, compte parmi les amis du président. Ni l’un, ni l’autre ne rendent service à ce dernier en bloquant l’accès de la Justice à l’information… à moins que ces documents ne recèlent une « bombe » susceptible de mettre en difficulté l’Elysée. C’est ce que de nombreux Français penseront si l’opacité est maintenue autour de cette affaire.
Jean-François Léonard
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