Rouxel Jean - vendredi 06 août 2004
Chacun aura été frappé par le contraste saisissant entre la réaction politico-médiatique, massive et immédiate, à ce qui fut présenté comme une agression antisémite, dans une rame du RER D, et qui se révéla être une simple facétie imaginée par une jeune femme mythomane, et le meurtre bien réel d’un garçon de 14 ans, Romain, tué le 17 juillet à coups de hachette. Dans le premier cas, une bande de voyous, constituée d’immigrés, était supposée s’en être prise à une personne de confession juive. Immédiatement, les plus hautes autorités morales du pays se mobilisèrent, sans même exprimer le moindre regret quand il s’avéra qu’il ne s’agissait que d’un sinistre canular. Tant il est vrai, comme l’a dit Georges-Paul Wagner (Chronique du lundi, Présent, du 20 juillet) que « l’antisémitisme reste ce qu’il est, même quand il n’est pas, et toutes les occasions sont bonnes pour le réprouver, fût-il inexistant »… Dans le second cas, dont la sordide réalité ne pouvait être mise en doute à aucun moment, il s’agit encore d’un sujet immigré, sans doute d’origine marocaine, mais il se trouve que la victime est un jeune Français, tout simplement français. Dans ce cas-là, les autorités morales restent aux abonnés absents, tandis que le Président de la République laisse à son ministre de l’Intérieur le soin de délivrer un commentaire anodin, à peine compassionnel… Tous les meurtriers sont des fous, et tous ne sont pas des immigrés, ceux-ci ne représentant, pour l’instant, que la moitié environ de la délinquance métropolitaine. Dans le cas de Mohammed Kalaki, le tueur d’Avignon, les services administratifs en charge du contrôle de l’immigration, devraient en toute rigueur, être tenus pour co-responsables. En effet, après avoir quitté Tanger au début de l’année, il a d’abord été interpellé à deux reprises en Espagne. Malgré deux arrêtés de reconduite à la frontière, il s’est retrouvé à Marseille où il a été interpellé le 29 juin. Les services du Consulat du Maroc n’ayant pas l’habitude, dans de telles affaires, de reconnaître leurs ressortissants, l’individu fut gardé dix-sept jours au centre de rétention d’Arenc, puis relâché. Arrêté par la gendarmerie le 23 juillet, il n’a été mis en cause pour le meurtre du jeune avignonnais que parce qu’il en fit lui-même la confidence à un compagnon de cellule. La responsabilité première d’un État est de garantir la sécurité de ses citoyens. Quand l’Administration accumule un si grand nombre de dysfonctionnements, sa responsabilité pénale mériterait d’être mise en œuvre par la famille de la victime. v
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