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Quand la Suisse est l’avenir de l’Europe !


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Dumait Alain - dimanche 26 octobre 2003


Dans tous les pays occidentaux développés, aussi bien en Europe qu’au États-Unis, un consensus semble bel et bien exister sur ce que devrait être la politique suivie par les gouvernements en place. Une majorité se dégage pour souhaiter une politique économique raisonnable, avec réduction de l’État-providence et équilibre de comptes publics, tandis que, par ailleurs, dans le contexte d’une mondialisation qui s’accélère, principalement sous l’effet d’innovations technologiques, liées à la communication, un grand nombre de nos concitoyens souhaitent un contrôle effectif des flux migratoires.
De fait, ils acceptent une proportion assez élevée d’immigrés, à la condition que ceux-ci cherchent plutôt à s’assimiler qu’à revendiquer leur particularisme, à la condition qu’ils observent les lois de leur pays d’accueil, et qu’ils ne soient point des facteurs d’insécurité. L’autorité dont l’État a le monopole devrait s’appliquer en tout premier lieu aux éléments exogènes lorsque ceux-ci mettent clairement en cause la cohésion nationale.
Or, pour des raisons parfois complexes, mais qui tiennent toujours à une insuffisante efficacité des procédures de représentation démocratique, beaucoup de gouvernants, plutôt que d’entendre la voix de l’opinion publique, préfèrent écouter celle de cercles plus restreints, défendant des intérêts catégoriels ou des points de vue particuliers. C’est ainsi que les lobbies de la dépense publique l’emportent sur une opinion générale acquise aux nécessités de la bonne gestion. C’est ainsi que les lobbies tiers-mondistes et immigrationistes l’emportent sur l’opinion majoritaire qui, craignant une invasion rampante, souhaite que des protections soient érigées à nos frontières.
C’est dans ce contexte que partout où les hommes de l’État ont prétendu résister à ces exigences populaires, des forces politiques ont fait leur apparition ou se sont développées au point de devenir essentielles dans le paysage électoral. C’est ce que les médias appellent couramment l’émergence de la droite populiste.
C’est ce qui vient d’être constaté en Suisse à l’occasion des élections générales pour le renouvellement du Conseil national (chambre basse comprenant 200 représentants). À l’issue de cette consultation qui s’est déroulée dimanche dernier, l’Union démocratique du centre est arrivée largement en tête avec près de 27 % des suffrages et 55 sièges. Ce parti est devenu sans conteste possible le premier parti politique suisse. Dans ces conditions, lorsque le Parlement désignera le 10 décembre prochain les sept membres du Conseil fédéral (Gouvernement), l’UDC devrait avoir deux représentants au lieu d’un, au détriment de l’un ou l’autre des trois autres partis qui, depuis 1959, forment une coalition de gouvernement.
On verra bien alors si le consensus sur lequel est basée la vie politique de ce pays depuis près d’un demi-siècle vole en éclats ou non. Mais une chose est sûre d’ores et déjà : les Suisses sont de plus en plus nombreux à tourner le dos à l’Union européenne. Et à réclamer des mesures pour lutter contre l’immigration clandestine.
L’état de l’opinion publique française n’est certainement pas très éloigné. Mais nos institutions sont radicalement différentes. Et la pratique de celles-ci aboutit au fossé qui s’est creusé entre l’opinion et ceux qui se sont arrogés le monopole de sa représentation.
Le Front national est à la France ce que l’UDC est à la Suisse, c’est-à-dire la formation politique qui incarne les espoirs et les souhaits de l’opinion publique de droite ou conservatrice. Hier, le 21 avril 2002, à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle, Jean-Marie le Pen a rassemblé 17 % des électeurs. Non pas, comme les médias l’ont dit, « à cause » de la diabolisation dont il est l’objet, mais évidemment malgré elle.
Comme nous l’avons souvent indiqué dans cette chronique, tout indique que ce mouvement ascendant est toujours à l’œuvre. Pour preuve : l’absence quasi totale de sondages sur l’état de l’opinion publique comme si l’on voulait cacher la température indiquée par le thermomètre. Mais certains responsables politiques ne peuvent s’empêcher de faire des déclarations qui démontrent qu’un certain nombre d’experts savent ce qu’il en est et ce à quoi il faut s’attendre aux prochaines élections régionales. Inspiré sans doute par le titre de notre dernier éditorial, (« L’UMP veut refaire le coup du 21 avril aux prochaines élections régionales »), le député socialiste de Paris, Jean-Christophe Cambadélis, ex-théoricien de la gauche plurielle, déclare dans une interview au journal « Le Parisien » publié le lundi 20 octobre : « Il peut exister un 21 avril régional ». C'est-à-dire, un cas de figure où la liste de gauche arrivée en troisième position au premier tour soit amenée à se retirer pour laisser la liste UMP s’opposer seule à celle du Front national. C’est un cas de figure qui peut se produire dans plusieurs régions.
En Suisse, quand le populisme dépasse 25 %, il a sa place au gouvernement. En France, quand bien même serait-il à 30 %, qu’il serait toujours le paria de la vie politique…


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