actualité france, politique, journal de droite. Les 4 vérités Hebdo img, caricatures actualité, dessins L'actualité Française
vue de droite libérale

Offre gratuite !

La version papier :
pendant 4 semaines dans
votre boite aux lettres
Cliquez ici

Quand le CNRS refusait le (futur) prix Nobel


envoyer cet article à un ami
Imprimer cette page


Voter pour cet article
24 VOTES
1497 LECTURES

Courrier - mercredi 05 novembre 2008

livres
Lorsque toute la France et la Navarre célèbrent le quatorzième Prix Nobel de littérature en la personne de Jean-Marie Gustave Le Clézio, rappeler que le lauréat a été refusé par le CNRS en tant que chercheur, pourrait troubler la fête. Pourtant, Le Clézio, salué par l’Académie suédoise comme « l’écrivain de la rupture, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, l’explorateur d’une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante », fit partie des candidats dits malheureux, autrement dit de ceux qui, lors du recrutement de 1978, n’ont pas eu la reconnaissance suffisante pour devenir chercheurs attitrés de ce prestigieux institut de recherche.

On pourrait se dire qu’être un écrivain, aussi connu et reconnu que Le Clézio l’était déjà en 1978, (outre le Prix Renaudot, il était auteur de neuf ouvrages : romans, essais, recueils de nouvelles, traduits dans une vingtaine de langues), n’était peut-être pas suffisant pour satisfaire aux critères de ce vénérable établissement qu’est le CNRS pour y être reçu comme chercheur. Le problème avec cet argument – et pour ceux qui ne connaîtraient pas ce détail à son sujet, il n’est pas inutile de le rappeler –, c’est que dans le cas de Le Clézio, il ne s’agissait pas uniquement d’un écrivain, mais également d’un chercheur (avec thèse soutenue en bonne et due forme), qui avait déjà réalisé de nombreuses études historiques et anthropologiques sur le Moyen Orient, l’Amérique indienne, l’Afrique, le Maghreb, l’océan Indien, avait traduit des études inconnues auparavant et avait enseigné dans diverses universités de la planète, sans oublier qu’il maîtrisait trois langues à l’écrit comme à l’oral.

Même si, lors d’une fête comme celle-ci, l’obtention d’un prix Nobel, on ne pense plus qu’à la gloire et on a tendance à oublier les mauvais jours du passé, il me semble cependant intéressant de mentionner ce cas, car il permet d’attirer l’attention sur le fonctionnement opaque et les nombreux abus de ce prestigieux centre de recherche. Certes, le cas de Le Clézio est « hénorme », mais c’est justement pour cela qu’il faut en parler.

Voyons de plus près. Lorsqu’il se présente à la porte du CNRS, en 1978, outre son palmarès déjà hors norme à l’époque, on doit ajouter des études réalisées sur des sujets historiques et anthropologiques à son enseignement universitaire aux différents coins de la planète. Osons le dire : Le Clézio, en 1978, à l’âge de 38 ans, était déjà un candidat exceptionnel dans tous les sens du terme, qui n’avait pas seulement satisfait aux exigences habituelles, mais les avait largement dépassées. Comment expliquer alors que sa candidature ait été rejetée ? Peut-on imaginer qu’un écrivain planétairement connu et reconnu, doublé d’un chercheur et d’un intellectuel alerte, parlant et écrivant en plusieurs langues, écologiste avant l’heure, défenseur du tiers-monde avec des arguments non idéologiques, mais historiques et humanistes, qui souhaitait avoir le titre de chercheur pour mettre sa connaissance au service de tous, ne soit pas reçu à bras ouverts ? Pour ceux qui ne le savent pas, et ils doivent être nombreux, il faut rappeler que le CNRS n’aime pas particulièrement les chercheurs de « qualité », surtout ceux qui n’appartiennent pas à certains syndicats très puissants.

Si l’on est toujours prêt à fournir un prétexte pour écarter un candidat talentueux, il serait particulièrement intéressant de connaître la ou les raison(s) de ce refus. Dire qu’il s’agissait d’une personne qui avait d’autres possibilités de gagner « sa croûte », serait réduire le CNRS à un fournisseur de travail pour ceux qui pointent à l’ANPE. Prétendre que, vu sa célébrité, de toute façon, il n’aurait pas voulu se consacrer à la recherche, c’est aller un peu trop vite en besogne : comment savoir ce qu’il aurait pu réaliser en plus, en tant que chercheur, si les portes du CNRS lui avaient été ouvertes ? Ce dont on est certain par contre, c’est que sans avoir un poste « officiel », Le Clézio a enrichi le monde de la recherche par ses travaux exceptionnels, alors que certains, tout en jouissant des privilèges que procure un titre étatique, ne rédigent pas une ligne et ne font pas avancer la connaissance d’un iota, quelquefois durant des décennies.

Cela devrait être pris en compte par ceux qui ont la lourde tâche de réformer le CNRS. Et peut-être n’est-il pas inutile de repenser à cet épisode lorsqu’on chante les louanges de cet écrivain hors du commun.

Judith Lazar
Sociologue

0 commentaires - Ecrire un commentaire


Recevez gratuitement
la version papier,
pendant 4 semaines !

Cliquez ici

En bref



Plan du site