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Quand les caisses sont vides…


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Dumait Alain - vendredi 06 août 2004


Pour le Gouvernement, la rigueur budgétaire consiste à n’augmenter les dépenses publiques en 2005, qu’à proportion de l’inflation. C’est ce qu’il appelle une stabilité, « en volume ». On observera, pour commencer, que si l’on voulait ramener rapidement le poids de la sphère publique à des niveaux plus raisonnables, sans pour autant procéder à des opérations chirurgicales trop douloureuses, il aurait été préférable de retenir un plafonnement en valeur absolue, compte non tenu de la hausse des prix. On sait que si une telle disposition avait été adoptée il y a douze ans (par le Gouvernement d’Édouard Balladur), nous serions aujourd’hui, mécaniquement, à un niveau de dépenses publiques comparable à la plupart des autres pays industriels, dans la moyenne des pays européens, mais encore à un niveau plus élevé que celui du Japon, des États-Unis ou même que la Grande-Bretagne.
La rigueur budgétaire proclamée par Jean-Pierre Raffarin et son gouvernement n’est donc que relative. Elle serait facile à mettre en œuvre si elle s’accompagnait, résolument, de coupes sombres dans les dépenses inutiles ou excessives. Elle est, au contraire, rendue presqu’impossible par l’absence de celles-ci.
La préparation du budget pour 2005 offre une nouvelle illustration de la façon dont le gouvernement subit sa politique budgétaire, davantage qu’il ne la dicte. Au début de l’année, et à plusieurs reprises, le Premier ministre lui-même réaffirmait sa volonté de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Ce qui aurait dû entraîner une diminution des effectifs d’au moins 30 000 personnes. La première administration concernée était évidemment l’Éducation nationale, premier employeur de France et même peut-être du monde (depuis la disparition de l’Armée rouge !). C’était logique : à une diminution des effectifs des enfants scolarisés correspondrait une diminution des effectifs des enseignants. Mais c’était compter sans les réactions syndicales, sans la promesse du Président du la République de faire de l’éducation l’une de ses priorités, sans les engagements reçus du nouveau ministre, François Fillon, d’obtenir quelques rallonges. Du coup, la baisse des emplois ne sera que symbolique. Au niveau de l’État tout entier, on parle maintenant d’une diminution de 8 000 postes. L’année dernière, à la même époque, le même chiffre était avancé. Et, à la fin de la discussion budgétaire, il n’y avait plus que quelques centaines de suppressions…
Or, compte tenu des augmentations de salaires quasiment automatiques dans la fonction publique (« revalorisations ») il faut savoir qu’une diminution globale des effectifs des fonctionnaires de 30 000 par an ne se traduirait pas par une diminution des charges budgétaires à ce titre, mais par une simple stabilisation en volume. Car, retraites comprises, nos fonctionnaires nous coûtent chaque année, de plus en plus cher.
Donc, sans coupes sombres, le poids de la dépense publique augmente sans cesse. Pourtant, non seulement on ne voit poindre à peu près aucune réforme allant dans le sens des économies, mais chaque jour, de nouveaux programmes de dépenses sont annoncés, qui vont du plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo, à l’achat, par anticipation, de 59 avions Rafale par l’Armée de l’Air française, pour la modeste somme de 3 milliards d’euros.
On fait grand cas des quelques économies décidées. Mais elles sont loin d’être à la hauteur des problèmes posés. La contribution de 1 e par patient relevant de l’assurance maladie et par acte médical, pour symbolique et intéressante qu’elle soit, sera évidemment incapable de renflouer le système. Contrairement à tous les principes de bonne gestion, on surestime les efforts demandés aux générations présentes et on minimise gravement ceux qui sont reportés sur les générations futures (exemples de la réforme des retraites et de l’Assurance maladie). On dit que le Dossier médical personnel sera facile à mettre en œuvre et qu’il se traduira par de grandes économies, alors que ce sera sans doute le contraire : il sera difficile et coûteux à mettre en œuvre, pour des économies très incertaines.
Les politiciens qui nous gouvernent ont, sans doute, comme tout le monde, droit à l’erreur. Mais celle-ci ne doit être ni constante ni systématique. S’agissant de la bonne gestion des finances publiques, il est évident qu’il faut commencer par la réduction des effectifs, le nombre total des fonctionnaires de ce pays ayant augmenté de 900 000 depuis l’arrivée au pouvoir de l’union de la gauche en 1981.
Quand un analyste financier examine pour la première fois les comptes d’une entreprise, il va, en premier lieu, voir son compte d’exploitation pour établir un ratio entre ses dépenses de personnels et son chiffre d’affaires. Un ratio faible est l’indicateur d’une bonne santé. Si le ratio est élevé, la marge de manœuvre de l’entreprise sera limitée. Dans le cas de l’État français, cette marge est nulle. Les humoristes ajouteront qu’il n’y a pas que la marge…

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