de Beaufort Hubert - vendredi 30 septembre 2011
L’ère Kadhafi est terminée, mais vers quel sera demain l’avenir de la Libye, de la Tunisie, de l’Egypte, de la Syrie, du Moyen Orient ? L’interrogation, les interrogations se posent, car les mots ne suffisent pas à créer une politique et ne peuvent servir de solution pour asseoir une novelle économie et une nouvelle société.
Les précédents de l’Irak et de l’Afghanistan obligent à la prudence. La chute de Saddam Hussein, sa condamnation, son exécution n’ont pas fourni au pays la démocratie que l’on espérait, c’est le moins que l’on puisse dire. Non seulement les attentats rendent l’insécurité quasi permanente à Bagdad, mais des conflits géopolitiques surgissent : Chiites pro-iraniens face aux sunnites pro irakiens et nationalisme Kurde très vivace, tout cela sur fond d’islamisme anti-chrétien.
Encore une fois, la démocratie est un bel idéal, mais c’est le fruit d’une lente évolution historique et à notre sens on ne peut plaquer la démocratie occidentale sur des peuples subissant une démographie galopante et qui cherchent d’abord du pain et du travail.
Dans le cas libyen, personne ne défendra la dictature de Kadhafi, mais prévoir et préparer l’avenir de la Libye va se révéler une opération très complexe, car il faudra tenir compte simultanément de l’historique tribal, des courants islamistes et libéraux et du contexte pétrolier. Pour s’en tenir à la question de l’or noir, son affectation tant intérieure qu’extérieur va donner lieu à d’âpres luttes de pouvoir. N’oublions pas que chaque fois que le pétrole est en jeu, les guerres, tant internes qu’externes, ne sont jamais loin. La France et la Grande Bretagne demanderont la priorité dans les productions alors que les Etats-Unis, la Chine et la Russie se voudront aussi parti prenantes.
L’histoire Kadhafi appartient certes au passé, mais la construction de l’avenir va se révéler un pari difficile, pour ne pas dire redoutable.
Cette construction dépendra aussi de l’avenir de la Tunisie, de l’Egypte et de la Syrie. Dans ces trois pays, les révolutions ont bien détruit ou veulent détruire l’ordre ancien, mais pour l’instant, si le passé est bien aboli, le futur se prépare sur fond de crise économique et sociale.
Il existe une différence de nature entre des soulèvements politiques et les émeutes de la faim. Les ordres anciens sont bien abolis, mais leur abolition a entraîné un affaissement de l’économie, à commencer par celle du tourisme, essentiel pour ces deux pays. Si l’insécurité se perpétue, elle touchera les investissements étrangers et les systèmes de production.
La dégradation semble très rapide, si l’on se réfère aux comptes publiés pas la banque centrale tunisienne. Cette dégradation extrapolée à l’Egypte et à ses 85 millions d’habitants s’apparentera à un tsunami géopolitique.
Nos chroniques ont plusieurs fois alerté sur les dangers du conformisme occidental se réfugiant dans le bien pensant du vocabulaire démocratique. L’Histoire ne se fait pas avec de bons mots et rappelons nous un des slogans de la guerre 1939-1940 : « nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ! ».
Les semaines qui viennent risquent de voir naître des évènements majeurs : sachons y faire face avec lucidité.
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