Offre gratuite !
La version papier :
pendant 4 semaines dans
votre boite aux lettres
Cliquez ici
Notre lettre d'infos

Quelques réflexions sur l’affaire Strauss-Kahn


envoyer cet article à un ami
Imprimer cette page


Voter pour cet article
50 VOTES
2637 LECTURES

Milliere Guy - mercredi 01 juin 2011

dsk, 2012
Étant au Proche-Orient pendant que le déferlement a eu lieu, je n’ai pu suivre toutes les péripéties de l’affaire Strauss-Kahn et de ses conséquences en France. C’est donc avec une certaine distance que j’en parle.

La première dimension qui me semble devoir être constatée est l’irrespect de la présomption d’innocence. Celle-ci n’a jamais été beaucoup respectée en France, où fonctionne plutôt la présomption de culpabilité. Il n’empêche : la vie de Dominique Strass-Kahn a été jetée en pâture à la population par tous les médias ; des anecdotes ont refait surface ; des incriminations diverses, des accusations dont rien ne démontre qu’elles sont fondées…

Il y a, là, une tentation de lynchage qui me semble assez nauséabonde. Ce lynchage ayant été répercuté aux États-Unis, les avocats de Dominique Strauss-Kahn parlent de la difficulté de voir se tenir un procès équitable en ces conditions, et ils ont raison. Le lynchage n’est pas la justice.

La deuxième dimension qui me saute immédiatement aux yeux est l’envie. Dominique Strauss-Kahn a épousé une femme riche et il vit dans l’opulence. Il a pu sortir de prison préventive en échange d’une caution de six millions de dollars et loge dans un hôtel particulier de Tribeca coûtant 50 000 dollars par mois. Tout cela est décrit comme indécent, voire inadmissible, par des gens qui ne disposent pas de moyens financiers équivalents. Dominique Strauss-Kahn dispose certes de moyens financiers importants ; il n’est pas le seul sur terre. Je préfère les gens qui songent aux moyens qui pourraient leur permettre d’être riches, plutôt que ceux qui envient les riches. L’envie est un sentiment répandu en France, et c’est loin d’être une qualité.

La troisième dimension qui m’a frappé est la réaction de caste de certaines élites françaises, qui ont semblé penser immédiatement que la justice ne devait pas être la même pour un homme puissant que pour le commun des mortels. Le fait que nombre de ceux qui ont réagi ainsi aient été des gens de gauche a montré que l’élitisme et l’esprit de caste ne sont pas l’apanage de la droite, loin de là. La France garde encore de fortes traces d’une mentalité d’Ancien régime, et c’est loin d’être une qualité, là encore.

J’ai dû noter aussi les incriminations énoncées concernant la justice américaine : ces incriminations au pays de l’affaire d’Outreau m’ont semblé lamentables !

Il serait plus intéressant d’expliquer les différences entre le système accusatoire américain et le système inquisitoire français. Cela permettrait de dire, par exemple, qu’une inculpation aux États-Unis n’est pas prononcée par un juge, mais par un jury populaire qui doit prendre ses décisions au-delà de « tout doute raisonnable ». Cela permettrait de dire que, si le procureur instruit à charge, les avocats de l’accusé ont toute latitude pour instruire à décharge et que, lors du procès, c’est à nouveau un jury populaire qui doit se prononcer à l’unanimité, au-delà de « tout doute raisonnable ».

Nul système n’est parfait, mais le système américain permet au moindre doute de bénéficier à l’accusé. Il sanctionne, de surcroît, plus lourdement les criminels, alors qu’en France, non seulement des innocents se retrouvent parfois en prison, mais des assassins se retrouvent facilement en liberté.

Je dois noter, enfin, le désordre politique qui résulte. Qu’un homme imprudent ou léger comme Dominique Strauss-Kahn ait été en mesure de devenir Président donne à songer.

Que les perspectives pour l’élection de 2012 soient ce qu’elles sont aujourd’hui pourrait rendre très triste. Avec tous ses défauts, Dominique Strauss-Kahn incarnait la perspective d’un socialisme moins archaïque, voire, sur certains points, teinté de libéralisme.

Ce qui reste est une compétition entre Nicolas Sarkozy qui, depuis quatre ans, a montré qu’il était sans doute plus socialiste que Dominique Strauss-Kahn, avec, en supplément, des nuances bonapartistes et xénophobes consternantes, Marine Le Pen, dont le programme est nationaliste et socialiste, et François Hollande ou Martine Aubry, qui incarnent le socialisme le plus étriqué et le plus inepte, et sont porteurs de complaisances vis-à-vis de l’islamisme.

Sarkozy, s’il se retrouve au second tour face à Marine Le Pen, sera réélu. S’il est au second tour face à Hollande ou Aubry, il sera battu. Cela, dans l’un ou l’autre cas, ne changera pas grand-chose au déclin dans lequel nous sommes. C’est consternant… et c’est la France en 2011 !

48 commentaires - Ecrire un commentaire


Recevez gratuitement
la version papier,
pendant 4 semaines !

Cliquez ici

En bref
Pologne
 La présidence polonaise de l’Union européenne qui débutera le 1er juillet prochain de­vrait être marquée par 50 réunions ministérielles et environ 300 colloques et débats qui, ensemble, réuniront quelque 30 000 personnes. 1 200 fonctionnaires et 109 millions d’euros ont été mobilisés par la Pologne pour cette échéance importante.

Chiffres significatifs
Illettrisme > 80 % des quelque 3 millions d’illettrés que compte notre pays ont pour langue maternelle le français…

Jean-Paul II > On estime que 1 600 chefs d’État et de gouvernement ont rencontré Jean-Paul II pendant la durée de son pontificat !

Tribunaux > Les tribunaux administratifs ont progressé en 2010. Le délai moyen d’instruction d’une affaire au TA est passé de 11 mois et 25 jours à 11 mois et 3 jours. Par ailleurs, le stock de dossiers a diminué de 6,2 %, pour s’établir à 173 246, malgré un af­flux de nouvelles affaires (175 377 nouveaux dossiers en 2010, soit une hausse de 1,85 %). S’agissant des cours administratives d’appel, la situation s’est également améliorée : 27 408 nouvelles affaires ont été enregistrées (en baisse de 2,38 %) et 27 784 ont été traitées. Le délai moyen de traitement en appel est estimé à 1 an et 14 jours…

Prison > Jean-Claude Liau, condamné en 2001 à 20 ans de réclusion pour viol et détenu en Haute-Garonne, a gagné en première instance un procès contre l’administration pénitentiaire (qui a été condamnée à lui verser 3 000 euros de dommages et intérêts), au motif qu’il ne pouvait recevoir de visite d’un aumônier de son culte (il s’est converti durant sa détention et est devenu Témoin de Jéhovah).




Plan du site