Thieulloy (de) Guillaume - mardi 23 septembre 2008
terrorisme
Le 5 septembre, dans l’émission de Laurent Ruquier, « On va s’gêner », sur Europe 1, le comique proche de Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Bigard a, à son tour (après le journaliste Thierry Meyssan, après l’actrice Marion Cotillard…, pour ne parler que des Français), expliqué que la version officielle sur les attentats du 11 septembre 2001 ne tenait pas la route : que les tours jumelles du World Trade Center avaient fait l’objet d’une démolition programmée à l’explosif, que le Pentagone avait été touché par un missile et que le dernier avion écrasé en forêt… volait toujours.
Et les médias de se précipiter avec gourmandise sur ces propos, tout en condamnant vertueusement la « théorie du complot ».
Plutôt que de pousser des cris d’orfraies, il importe de faire à ce sujet quelques remarques de bon sens (qui est peut-être la chose du monde la mieux partagée, selon Descartes, mais certainement pas chez mes excellents confrères journalistes).
Tout d’abord, les gouvernements de toute tendance et de toute époque ont toujours pratiqué la « vérité officielle », pour ne pas dire la propagande. Il n’y a aucune raison pour que ce ne soit pas le cas aujourd’hui. Au contraire, sous le règne de la démocratie d’opinion, la bataille de l’information est plus cruciale que jamais et donc le rôle de la propagande plus important que jamais.
Cela étant, la meilleure façon de résister à la propagande est d’avoir une presse libre et diverse. Pour cela, il est utile d’avoir des lecteurs. Car, à défaut de lecteurs, les médias sont dans les mains d’intérêts politiques ou économiques plus ou moins clairs, dont l’intérêt à dire la vérité n’est pas toujours le même que l’intérêt du public à connaître la vérité…
En cette matière, la France est infiniment plus mal lotie que les États-Unis, puisque, depuis 1945, il n’existe quasiment plus de presse d’opinion non clairement estampillée à gauche. Et, surtout, il est impossible de trouver dans la « grande presse » des informations émanant d’autres sources que des agences de presse. Il existe donc, de fait, un monopole sur l’information. Et ce monopole, s’il n’est pas juridiquement un monopole d’État, n’en est pas moins extraordinairement imbriqué avec les intérêts de la classe politique.
Enfin, il n’existe à ma connaissance qu’un seul média de masse, produisant de l’information alternative : internet. Or, internet présente un inconvénient grave : chacun peut s’autoproclamer expert en n’importe quoi. Et les médias traditionnels se sont malheureusement mis à la remorque de cette idée idiote. Par conséquent, le nombre d’émissions où l’on demande à un footballeur son sentiment sur le RSA, à un humoriste ce qu’il pense du prix du pétrole ou à une chanteuse son sentiment sur la politique de George Bush se multiplie à grande vitesse.
C’est ainsi que M. Bigard est devenu expert en géostratégie, en balistique, en communication de crise, en lutte antiterrorisme, que sais-je encore ? Le vrai problème n’est pas que des théories conspirationnistes fleurissent. Au contraire, ces théories sont utiles pour la recherche de la vérité. Le vrai problème, c’est que la « grande presse », faute d’experts indépendants, n’est pas pressée de se confronter à ces théories. Si, pour répondre à ceux qui pensent que les tours jumelles sont tombées, non sous le choc d’avions, mais sous l’effet d’explosifs, on organisait un débat, sous la direction d’un journaliste compétent en ces matières, entre des personnes connaissant le sujet et indépendantes les unes des autres, soit la version officielle tomberait d’elle-même, soit la thèse alternative disparaîtrait du marché des théories sérieuses.
Mais voilà précisément ce qu’on ne veut pas. Pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’organiser des enquêtes sérieuses, monter des débats entre personnes compétentes, coûte nettement plus cher que les émissions de saltimbanques – sans rapporter un auditeur de plus
Et surtout, parce que cette dialectique conspirationnisme/dénonciation de la théorie du complot sert en fait tout le monde. Bigard s’est offert un bon coup de publicité. Ruquier a explosé son audimat et s’est donné à bon compte l’image d’un animateur particulièrement soucieux de liberté d’opinion. Et l’appareil politico-médiatique enfin a pu instantanément détourner l’attention du public des questions importantes en clamant sa vertueuse indignation devant cette dangereuse renaissance de la théorie du complot…
Les seuls qui aient à s’en plaindre sont le public, d’abord, traité comme un enfant immature, et la vérité ensuite, qui n’a rien à gagner à cette dialectique propagande/conspirationnisme…
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