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Quelques remarques sur les bonus des traders


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Rondeau Jean-Pierre - mardi 29 septembre 2009


La sympathique colère exprimée par l’un des lecteurs des 4 Vérités dans le n° 707 contre les attaques que subissent les traders participe du sain libéralisme revendiqué par cette courageuse revue. Ce que je ne puis qu’approuver, y compris les comparaisons avec les salaires exorbitants de stars de la télé (ou du foot). Simple question : ce lecteur est-il lui-même trader ? Car il ne faut pas défendre ce qui n’est pas défendable et être clair sur le sujet. Réglons un point : j’ai moi-même bénéficié par le passé de bonus lorsque j’ai occupé successivement des postes de direction dans deux sociétés de bourse. Certes, les contrats (en l’occurrence d’embauche) doivent être respectés et il est juste que ceux qui font gagner de l’argent, beaucoup d’argent, soient bien rémunérés.

Mais il faut être précis. Les traders ont gagné de l’argent parce qu’ils en ont fait gagner à leurs entreprises (encore que !). Mais il est faux de dire qu’ils en ont fait « gagner » aux clients. Comment peut-on prétendre que les traders ont obtenu des bonus (même réduits à la demande de Sarkozy) à partir des gains 2008 de leurs clients qui seraient « cinquante fois plus gros » ? Crise boursière de 2008 (et l’embellie actuelle n’est pas près de rattraper les niveaux, pas plus que ceux perdus en mars 2003), hedge funds (produits dérivés) et produits structurés (prétendus garantis) ont ruiné des centaines de milliers de petits épargnants à qui on assurait « qu’il allait faire plus beau demain » (gérants de 2007 à 2008), que leur produit « sécurisait le reste de leur portefeuille (hedge) » ou « qu’il ne pouvait pas baisser (structurés) ».

Les portefeuilles ont perdu 40 à 50 %. Une majorité de hedge ont disparu. Les gammes de structurés des deux plus gros établissements concernés ont perdu 90 % et 80 %, alors que l’on avait garanti aux clients la sécurité. Les traders n’ont pas globalement fait gagner d’argent aux clients, pas du moins si l’on ne se limite pas à quelques semaines, mais si on observe plusieurs années. Et c’est normal puisqu’ils sont là pour faire gagner de l’argent à leurs entreprises, travaillant surtout pour les clients sur les mouvements d’achats et de ventes (courtages) et pas sur les résultats.

C’est d’ailleurs ce qui explique, pour une bonne partie, la hausse récente des bourses où quasiment seuls les spéculateurs et gérants en mal de chiffre d’affaires agissent faisant d’abord tourner les portefeuilles pour eux. Et seuls les gérants sont donc parfois payés sur les résultats par le client, pas les traders.

Quant à l’autre travail fourni par ces derniers pour leurs entreprises (activité pour compte propre), il est aussi pour partie responsable (mais c’est la faute de leurs directions) de la ruine de certaines banques, de celle de leurs actionnaires et prêteurs obligataires, des risques subis par leurs clients et des impôts que l’on nous prélève ou prélèvera sur nos enfants pour sauver leurs établissements de la faillite, même si les aides gratuites aux banques sont bien moins importantes qu’on ne le dit.

Enfin, quand une entreprise, à plus forte raison une PME, perd de l’argent, elle diminue les revenus de ses cadres dirigeants ou supérieurs, voire de ses salariés. Il n’y a donc rien d’extraordinaire à mettre un coup de canif dans les contrats (Reagan avait donné l’exemple avec les « volants » des compagnies aériennes). De même, il est aberrant de ne tenir compte que des profits rapportés et pas des pertes. Mais cela est en cours de correction…

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