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Qui a peur de François Bayrou ?


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Bonnal Nicolas - samedi 21 janvier 2012

2012
Je pense que le retour de François Bayrou est une très bonne nouvelle. Il est le seul à ne pouvoir prendre aucune voix à Marine Le Pen tout en en prenant beaucoup aux deux autres. Il est un candidat du centre, en même temps de l’alternance : ce faisant, il garantit la sécurité politique au bourgeois (on a compris que Marine Le Pen aura le vote des pauvres : heureusement ce n’est pas cela qui manque) tout en offrant le léger décalage qui était énervant il y a cinq ans, mais qui est si nécessaire aujourd’hui : il faut sauver le soldat bourgeois de l’alternance gauche-droite mondialisées, de la cata annoncée, de la défaite renouvelée avec goût.

Nous l’avions interviewé il y a plus de vingt ans maintenant ; c’était pour Minute-la France, de notre inoubliable et inoublié Serge de Beketch, et Bayrou, alors méconnu, n’avait pas eu peur. Il m’était apparu comme un homme à la fois gonflé et l’antithèse de la baudruche gonflée que l’on l’habitude de voir dans la fausse droite. Un homme qui n’avait pas peur de ses convictions, même si elles étaient ennuyeuses et fausses. Défenseur de l’Europe et des régions comme tous ses compères de l’UDF, Bayrou aura compris entre-temps que cet idéal, soit n’avait pas été appliqué, soit était tout simplement mauvais, comme tous les idéaux qui ne marchent pas. Le recyclage de ses idées par les malandrins en place ne lui aura pas échappé tout de même.

Cet agrégé en manches courtes, cet humaniste en tracteur qui défiait les journalistes, ce père de six enfants avait de quoi plaire à une France à la fois profonde et plurielle, droite molle et bien-pensante, tradi et moderniste, la droite bobo qui me semble beaucoup plus solide que la gauche dite bohème. Je crois fondamentalement qu’hors de Paris, 90% des bobos sont de droite ou de centre-droit, non pas tant par leurs idées que par leur comportement. C’est pourquoi Bayrou peut plaire à ceux qui se croient de gauche tout en vivant comme ceux qui sont de droite : l’Europe, les régions, les droits du monde, très bon tout cela, jusqu’au moment où l’on se rendra compte que le girondins, comme disait mon prof d’histoire à Louis-le-Grand, jouent vraiment trop mal sur scène et qu’il faudra les remplacer par des gens de la montagne ou de la marine qui leur dira merci…

Bayrou a en outre publié voilà trois ans un très bon livre de rage, où il règle ses comptes avec le pouvoir en place ; j’avais apprécié le ton passionné et pamphlétaire, si rare en politique, mais aussi le style, mais aussi les citations, mais aussi les convictions ; comme beaucoup de modérés, Bayrou a compris que l’actuel président était le pire président pour la droite et, partant, pour la France. Lui-même avait dû basculer peu avant : on se souvient comme l’immortelle mère Veil l’avait lâché au soir des présidentielles, montrant le peu de cas qu’elle faisait de ses convictions, quand il s’agissait de défendre ses intérêts. Il y a des trahisons qui font mûrir mieux que d’autres ; comme celle des patriotes (je ne dis pas des nationalistes) trahis à fond par le gaullisme à l’agonie.

Bayrou fait partie de la droite de la poule au pot, la droite du Paris vaut bien une messe ; mais La Fontaine nous a rappelé après Esope qu’il ne faut pas mépriser maître Gaster… La droite bobo, c’est une droite d’éditeurs, pas d’auteurs. Ce sont des gens qui préfèrent un style de vie (le tracteur, le ris de veau, le week-end à Tanger) aux idées, ce sont des gens qui ne sont pas implacables en matière d’idées, pour reprendre l’expression de Paul Hazard sur l’intelligentsia des Lumières. Mais cette droite qui était si circonvenue par les partis traditionnels depuis trente ans – c’est-à-dire depuis que l’on appliqué ses idées en matière d’Europe et de régions… –, prolétarisée par les forces des ténèbres mondialisées et coalisées maintenant, même si son immobilier a monté (mais pour quoi faire ?), cette droite trahie se réveille et redevient la droite du panache blanc (expliquez la référence à Pécresse !). Et son discours et ses manières politiques de centre-gauche sont très bonnes pour nous et bien sûr pour la France.

Hollande sera l’otage des syndicats et de Mélenchon, l’autre de la francophobie et de l’oligarchie planétaire aux commandes. Bayrou offre ce rassurant visage de contestation mais pas trop… Il peut les tondre à foison. On ne peut que s’émerveiller qu’aucun politologue n’ait su annoncer l’avènement de Bayrou et qu’il ait fallu attendre les sondages pour réveiller les kremlinologues de l’Elysée.

Rendez-vous au soir du premier tour, nous pourrions avoir, comme vient de le voir dans sa boule de cristal un grand homme politique dont la fille se présente à l’actuelle élection, deux surprises au lieu d’une. La France qui monte, c’est la France qui dit non. Qu’on se le dise en haut lieu et en banlieue.


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