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Qui dit oui? Qui dit non?


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Lance Pierre - samedi 01 janvier 2005


Ouf ! Je l’ai enfin entièrement lu et annoté ce « Traité établissant une Constitution pour l’Europe ». Je l’ai lu par acquit de conscience, afin de donner mon opinion sur lui aux lecteurs qui veulent bien m’accorder une certaine attention. Sans cela, je n’aurais certainement pas pris la peine de déchiffrer ce salmigondis bureaucratique. Je ne crois pas que plus de 10 % des électeurs prendront la peine de le lire entièrement. Si tout de même vous voulez, par pur civisme, venir à bout de ce pensum, je vous conseille de le faire par tranches de 15 minutes maximum, et pas plus de trois fois dans la journée, ou vous risquez la crise nerveuse.

Cela dit, il faut bien que les électeurs s’efforcent d’être plus intelligents que leurs hommes politiques, qui se sont aventurés dans un référendum sur un texte prétendu « constitutionnel » qui ne l’est que pour une petite part. Il eût été pourtant facile de dégager les principes essentiels de ce texte pour présenter une vraie Constitution d’une cinquantaine d’articles au maximum, ce qui n’empêchait pas de proposer le reste en plus aux gouvernements des 25 nations signataires. On a préféré faire du tout un pavé indigeste et, si jamais le « non » l’emporte, ce sera pour une bonne part à cause de cette maladresse qui aura irrité nombre d’électeurs. On a voulu faire à la fois une Constitution et un Traité. Mais a-t-on jamais vu les citoyens être appelés un par un à cosigner un traité international ? C’est une absurdité qui risque d’envoyer ce projet européen droit dans le mur. Et pourtant, ce serait dommage. Car il est incontestable qu’il est en progrès sur les précédents, dont il faut bien comprendre qu’ils resteront en vigueur si celui-ci n’est pas adopté.


Incohérence des arguments du non

Comme nos lecteurs le savent, je m’étais déjà prononcé pour le « oui » à la lecture des principaux articles diffusés dans la presse. Mais les partisans du « non » ont développé toute une rhétorique qu’il était impossible de juger objectivement sans une lecture complète. Et maintenant je suis en mesure de vous dire que les divers arguments déployés pour vous inciter à voter « non » ne tiennent pas la route une minute. J’ai déjà fait justice dans mon article précédent de l’affirmation selon laquelle ce traité favorisait l’entrée de la Turquie en Europe, alors que, tout au contraire, il donne les moyens de l’éviter. Un autre « argument » avancé par certains opposants est que le traité, en confirmant celui de l’OTAN, placerait l’Europe sous dépendance militaire américaine. C’est une sottise. Et je rappelle que Bush a voulu tenter un moment d’entraîner l’OTAN dans l’aventure irakienne et qu’il a dû y renoncer, car l’alliance aurait aussitôt explosé. Le texte soumis à référendum affirme la volonté européenne de construire une défense commune. Mais tant que cette défense commune n’existe pas, il ne saurait être question d’abandonner l’OTAN, ce que le traité confirme à juste raison. D’ailleurs, quels que soient les différends qui pourraient apparaître entre Américains et Européens, ils resteront indéfectiblement alliés contre toute menace externe, personne n’en doute sérieusement. Plusieurs lecteurs m’ont adressé par Internet la diatribe que le professeur de droit constitutionnel Étienne Chouard a lancé contre cette Constitution européenne. M. Chouard fait du juridisme et il le fait très bien. Mais la politique, fort heureusement, ne se réduit pas au juridisme. Je commenterai le texte de M. Chouard dans un prochain article.

Quoi qu’il en soit, il suffit d’observer le caractère hétéroclite du cartel des « non » pour constater qu’il représente des partis pris idéologiques sans vrai rapport avec le texte soumis au référendum. Et ce sera à mourir de rire de voir aller mettre un « non » dans l’urne, pêle-mêle et bras dessus bras dessous, Philippe de Villiers et Marie-George Buffet, Charles Pasqua et Henri Emmanuelli, Jean-Marie Le Pen et Arlette Laguiller, Bruno Mégret et Olivier Besancenot, entre autres. Je n’imagine pas qu’un Français lucide et réaliste puisse mêler son bulletin à celui de ces doctrinaires crispés de toutes les couleurs. Le camp du « non » n’est qu’un grotesque caméléon politique. Et, s’il est vrai que Jacques Chirac ou François Hollande ne sont pas des références très brillantes, on doit prendre en compte que les deux représentants les plus fiables de notre classe politique, à savoir Nicolas Sarkozy et François Bayrou, sont de fervents partisans du "oui". Je ne me sens pas avec eux en si mauvaise compagnie. n


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