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Rapport Baker :Rapport Baker : George Bush n’en prendra qu’une partie


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Artur du Plessis Laurent - mercredi 13 décembre 2006

etats-unis, irak
Après sa défaite électorale du 7 novembre, le Parti républicain veut une sortie de crise, pour la présidentielle de 2008. Le groupe d’études bipartisan de 10 sages chargé d’examiner la situation irakienne a livré ses conclusions. Ce rapport Baker-Hamilton - les deux co-présidents du groupe - constate que « la situation en Irak est grave et se détériore », et formule 79 recommandations. Parmi celles-ci, le retrait des unités combattantes américaines, d’ici le début de 2008. Et, « vu la capacité de la Syrie et de l’Iran à peser sur le cours des évènements à l’intérieur de l’Irak, et leur intérêt à ne pas voir le chaos s’y installer, les Etats-Unis devraient tenter d’engager un dialogue constructif avec ces deux pays ».

Idée conductrice : l’Iran n’a aucun intérêt à voir l’Irak plonger dans le chaos. « L’Iran devrait stopper le flot d’armes à destination de l’Irak et fermer les camps où s’entraînent les Irakiens, respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Irak et user de son influence sur les groupes chiites irakiens, afin d’encourager la réconciliation nationale. » Ce souhait est chimérique : le régime des mollahs ne renoncera pas à sa stratégie de tension internationale, destinée à conforter sa légitimité dans l’électorat populaire iranien. Il fournit argent, armes et instructeurs aux milices chiites en Irak, et à certains éléments sunnites. Il a de nombreux complices parmi le personnel politique irakien, d’où certaines impérities de Bagdad face aux rebelles. Il a réarmé le Hezbollah, le finance toujours, et l’incite à déstabiliser le Liban pour y prendre le pouvoir. Il soutient le Hamas dans les territoires palestiniens. Il utilise la Syrie comme relais.

Le rapport lie la stabilisation de toute la région au règlement du contentieux israélo-arabe. Il appelle la Maison Blanche à résoudre la question palestinienne, et à amener Israël à rendre le Golan à la Syrie contre un accord de paix.

Les conclusions du rapport révulsent George W. Bush. Sa seule concession, pour l’instant : l’acceptation d’un nouvel effort diplomatique - avec son allié Tony Blair - pour le conflit israélo-palestinien. Il a annoncé que Blair se rendrait bientôt dans la région, pour tenter de relancer les pourparlers israélo-palestiniens. Condooleeza Rice ira aussi, début 2007.

Mais, contrairement à Blair, et au rapport Baker-Hamilton, Bush refuse de lier la question israélo-palestinienne au problème irakien. Il a maintenu que le retrait des troupes américaines dépendrait des conditions sur le terrain. Jugeant « intéressante » l’idée, émise par le rapport, d’un groupe international « de soutien » à l’Irak, il veut bien négocier avec la Syrie et l’Iran, sous certaines conditions : « Si ces gens viennent à la table [de négociation] pour discuter de l’Irak, ils doivent comprendre quelles sont leurs responsabilités : ne pas financer les terroristes, aider cette jeune démocratie à survivre, aider ce pays économiquement. […] si la Syrie et l’Iran ne s’engagent pas à respecter ce concept, ils ne doivent même pas prendre la peine de venir. » En outre, l’Iran doit renoncer - « de manière vérifiable », précise-t-il - à ses activités nucléaires. Il ajoute que la Syrie doit cesser de déstabiliser le gouvernement libanais, de permettre le transfert d’armes et de fonds vers l’Irak, et d’abriter des terroristes. Autant dire que les négociations ne sont pas près de commencer.

Bush fera connaître sa position avant Noël. Il a averti qu’il prendrait en compte tous les points de vue : celui du Groupe d’études sur l’Irak, certes, mais aussi ceux de son administration, à laquelle il a ordonné de passer au crible le problème irakien. Le Pentagone, le département d’État et le Conseil national de sécurité préparent leur propre évaluation de la politique en Irak, qu’ils livreront au président aux environs du 20 décembre. Bush consulte aussi les blocs républicains et démocrates du Congrès.

Les rapporteurs se méfient. Le républicain et ex-secrétaire d’État James Baker a prévenu que la Maison Blanche ne devait pas considérer le rapport comme une « salade de fruits », dans laquelle elle ne prendrait que ce qui lui convient. Et Lee Hamilton, ancien sénateur démocrate, a déploré l’attitude « extrêmement timide » du Congrès dans la supervision de la guerre d’Irak. Il est vrai que les parlementaires ne savent plus à quel saint se vouer.

En Iran, les Pasdarans (Gardiens de la Révolution) se méfient, eux aussi : ils commencent à menacer de représailles militaires les pays du Golfe - Koweït, Émirats arabes unis, Arabie Saoudite - qu’ils accusent d’aider les Américains à préparer l’attaque aérienne des installations nucléaires iraniennes…

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