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Ras le bol de la Shoah ! |
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Lance Pierre - mercredi 12 mars 2008
Dans un élan du cœur un peu hâtif, Nicolas Sarkozy avait dernièrement proposé que chaque écolier soit le dépositaire de la mémoire d’un enfant juif victime de la Shoah. Mesure généreuse mais inadaptée, contre laquelle Mme Simone Veil s’était aussitôt prononcée, et qu’un « comité des sages » sollicité par le Président avait unanimement rejetée.
Il eût été en effet insoutenable que l’esprit d’un jeune enfant reçoive un tel fardeau émotionnel. Nicolas Sarkozy s’est rendu aux raisons invoquées. D’aucuns n’en ont pas moins ironisé lourdement sur ses propositions irréfléchies. Sans doute parce qu’ils sont eux-mêmes tristement dépourvus d’idées, avec réflexion ou non.
Il faut cependant convenir que si le Président Sarkozy s’aventura dans cette impasse, c’est parce qu’il est, comme tous les Français, soumis en permanence à la pression du « devoir de mémoire » dont on nous rebat chaque matin les oreilles à propos de l’holocauste. Comme s’il y avait le moindre risque que le peuple de France oublie si peu que ce soit le sort tragique des victimes du nazisme, qu’ils soient juifs ou non.
A-t-on oublié la St-Barthelemy ? Ou la croisade contre les Albigeois ? Ou la Terreur de Robespierre ? Hélas, l’histoire de notre pays, comme celle de toute l’humanité, est jonchée de massacres plus épouvantables les uns que les autres. Ils sont tous répertoriés dans les livres de classe de nos collégiens. Et si l’on me dit que la Shoah fut sans commune mesure, en nombre de victimes, avec les tueries précédentes ou suivantes, je répondrai que ce n’est pas une affaire de comptabilité, mais de principe.
Assassiner des êtres humains en raison de leur appartenance ou de leurs opinions est en soi le pire des forfaits, quelle que soit l’unité de compte de ceux qui le subissent. Et ce que je voudrais dire à nos amis juifs, c’est qu’à force de nous répéter chaque jour que la Shoah ne doit pas être oubliée, je crains qu’ils n’aboutissent à un effet contraire, c’est-à-dire à l’exaspération des Français, qui finissent par soupçonner dans ce constant rappel une tentative de culpabilisation qui les insupporte.
J’ai bien souvent discuté de ces questions avec mon regretté ami Jean Brasier-Blum, d’origine juive alsacienne, qui partagea mon bureau durant vingt années à l’ancien siège parisien de notre revue « L’Ère nouvelle », dont il était le secrétaire de rédaction. Jean était un homme d’une intelligence, d’une distinction et d’une délicatesse sans pareilles. Athée comme moi-même, ignorant l’hébreu et le yiddish, connaisseur attentif et passionné de l’histoire et de la culture françaises, il se plaisait à répéter : « C’est Hitler qui m’a fait juif ». D’une scrupuleuse probité, il publia un article sur sa captivité de prisonnier de guerre en Allemagne dans lequel il soulignait que la Wehrmacht refusa toujours de livrer ses prisonniers juifs aux SS, bien qu’ils aient été regroupés en commandos juifs.
Les officiers allemands considéraient que ces hommes avaient rempli leur devoir en combattant pour la France et qu’ils méritaient les honneurs de la guerre. Il nous contait aussi comment, aux derniers jours de la débâcle allemande, une unité SS s’étant présentée devant le stalag dans l’intention manifeste d’exécuter les juifs, ils furent reçus par le commandant du camp, revolver au poing entouré de ses hommes, qui leur dit : « Je suis seul responsable de ces prisonniers et vous n’avez rien à faire ici ! Disparaissez ! ». Les SS n’insistèrent pas. Cet officier allemand, concluait Jean, prit des risques pour nous sauver la vie.
Deux documentaires sur la Résistance, diffusés sur France 2 les 18 et 19 février 2007, ont fait justice d’une prétendue complicité des Français, au moins passive, dans l’arrestation des juifs durant l’occupation. Le second volet de l’émission a parfaitement démontré qu’une formidable solidarité se déploya en France pour les sauver, communauté protestante en tête, bientôt suivie de la catholique, avec le courageux soutien du Cardinal Gerlier, primat des Gaules. Les chiffres sont précis : 76 000 juifs français, dont 11 000 enfants, moururent en déportation, tandis que la société civile française put en soustraire 250 000 aux griffes de la Gestapo.
Alors, de grâce, que l’on cesse de nous bassiner avec la Shoah, alors qu’on avait négligemment laissé tomber aux oubliettes la magnifique Anti-Shoah des Français. Le « devoir de mémoire » n’est pas à sens unique !
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