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Réflexions sur la nouvelle diplomatie française


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Lambert Christian - mercredi 05 septembre 2007

islam, etats-unis, europe, turquie
La politique étrangère plus que toute autre politique procède ou de l’utopie ou du réalisme.

Depuis soixante ans au moins, c’est en France l’utopie qui l’a emporté. Le discours prononcé le 27 août par le président de la République devant les ambassadeurs de France réunis à l’Élysée en apporte une preuve supplémentaire.

Il est vrai cependant que « la nouvelle diplomatie française », comme titre la presse, comporte un aspect positif, celui de rompre avec l’anti-américanisme qui sévissait depuis De Gaulle et qu’avait renforcé Chirac au point de faire de la France le porte-parole de tous les anti-américains de la planète, cette animosité contre Washington allant de pair avec une grande complaisance pour l’Union soviétique hier, la Russie aujourd’hui, mais le personnel est le même.

Cette amitié pour Moscou était d’autant plus regrettable que la Russie a toujours trahi les intérêts français : le retournement de Brest Litovsk en 1917 pendant la Première Guerre mondiale, le Traité de coopération avec l’Allemagne hitlérienne à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, l’aide considérable, notamment en armements, fournis à ceux qui combattaient la France en Indochine puis en Algérie - l’URSS ayant ainsi fait tuer de nombreux militaires français - et aujourd’hui, la campagne contre le candidat de la France au FMI.

Mais l’utopie socialo-communiste a été la plus forte, renforcée par le coefficient personnel de chefs d’État qui n’étaient pas communistes mais qui soignaient leur complexe d’infériorité envers les États-Unis et leurs présidents par une compensation de complaisance servile à l’égard de Moscou. Avec Sarkozy, c’est fini et l’on ne peut que s’en féliciter. En revanche, on ne peut qu’être consterné par la persistance de l’utopie diplomatique dans d’autres importants domaines. J’en donne ci-après trois cas inquiétants.

1) Transformer le G8 en G13 en y incluant des puissances émergentes ne ferait que diluer dans un ensemble hétéroclite la puissance occidentale, au cours de palabres sans fin.
2) Faire de l’Afrique une « priorité essentielle » (sic), c’est traiter avec le chaos et maintenir le pacte de corruption qui lie depuis longtemps certains dirigeants français avec certains potentats africains riches en pétrole, en échange d’une « aide au développement » qui se retrouve souvent dans les banques offshore faisant la fortune de roitelets africains.
3) Le cas turc, lui, est particulièrement significatif au moment où un islamiste arrive à la tête de ce qui fut autrefois l’Empire ottoman.
Pendant sa campagne électorale, Nicolas Sarkozy avait proclamé qu’il était résolument contre l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne car, disait-il, avec raison, la Turquie est en Asie. C’était rentable de le dire, l’opinion étant majoritairement contre l’adhésion d’Ankara à l’UE. Mais une fois élu, on change d’avis en se réfugiant dans l’ambiguïté et en omettant soigneusement de faire savoir que la volonté d’adhésion de la Turquie à l’UE n’est pas du tout motivée par l’amour de l’Occident chrétien, mais tout simplement par la perspective de subventions qui pourraient être énormes compte-tenu de l’arriération du monde rural turc.
Et par la possibilité d’une émigration massive en Europe. Valéry Giscard d’Estaing voit juste en disant : « si la Turquie entre en Europe, c’est la fin de l’Europe » (cf. mon article sur la Turquie dans « Les 4 Vérités » n° 477 - janvier 2005).

En conclusion, je rappellerai qu’en stratégie, la première question que l’on se pose est celle-ci : « d’où vient la menace ? ». Aujourd’hui, pour l’Occident, la menace, c’est l’islam. Alors, en lieu et place d’une « Union méditerranéenne », vague et dangereuse, il serait plus judicieux, me semble-t-il, de parler de « mobilisation » contre ladite menace qui est à nos portes et même déjà à l’intérieur de nos murs.

Christian Lambert
Ancien ambassadeur de France

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