Rouxel Jean - dimanche 20 février 2005
François Fillon a reculé devant les manifestations lycéennes. Avant même la discussion parlementaire, il a retiré de son projet de loi d’orientation sur l’école l’une des dispositions phares : le baccalauréat en contrôle continu. Cet énième échec de la réforme scolaire est lourd d’enseignements. Tout d’abord, nous constatons, une nouvelle fois, que la posture martiale de nos ministres n’est qu’une posture. Quand ils disent : la loi ne se fait pas dans la rue, il faut comprendre : pour le moment, la pression des syndicats n’est pas assez forte pour me faire reculer ! Ensuite, on reste pantois devant le manque total d’habileté tactique de la droite. Il serait si facile de faire monter au créneau des groupements opposés aux revendications extrémistes des syndicats, pour se donner le beau rôle de médiateur pondéré. Et Dieu sait que les groupements réclamant une réforme plus profonde de l’institution scolaire sont nombreux et divers, de SOS Éducation à la Société des agrégés ! Enfin, le gouvernement joint l’incompétence stratégique à l’inhabileté tactique. Cette réforme a été proposée dans le cadre d’un calendrier absolument désastreux. D’une part, le ministre ne pouvait pas compter sur le soutien des parents, passablement excités par la réforme de la carte scolaire. D’autre part, au bout de l’année scolaire se profile un référendum difficile. Naturellement, toute agitation syndicale ne peut qu’offrir des tribunes aux tenants du « non de gauche ». L’intérêt du gouvernement, favorable au oui, est donc de céder au plus vite. Même s’il est évident que céder ne peut rien apporter de bon, puisque les syndicats ne se contenteront pas de cette première victoire… Par ailleurs, sachant que le texte allait susciter l’agitation estudiantine, il eût été opportun de désamorcer par avance les bombes, en jetant le doute sur le caractère « spontané » de ces manifestations. Et surtout, quitte à affronter la rue, François Fillon aurait pu insérer dans son texte bien des réformes plus fondamentales que son replâtrage, pour, au moins, contenter son électorat de droite. Dernier point : on a appris ce week-end que François Fillon avait rencontré Nicolas Sarkozy après la manifestation de vendredi et qu’ils avaient réfléchi ensemble aux moyens de défendre la réforme, par l’intermédiaire des militants de l’UMP. N’auraient-ils pas pu programmer cette réunion une semaine plus tôt ? Mais non, il est dit que la droite sera toujours incapable d’anticiper, et donc de préparer la mise en place de ses réformes !
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