Rouxel Jean - dimanche 13 février 2005
Les syndicats défilaient, samedi 5 février, pour la « défense des 35 heures », en réponse au débat parlementaire qui se tient actuellement sur le sujet à l’initiative des députés UMP Hervé Novelli et Patrick Ollier. Cette manifestation fut un relatif échec : les organisations syndicales attendaient 300 000 personnes à Paris et n’en eurent que 300 000 sur l’ensemble du territoire, dont 80 000 dans la capitale. Il reste que ce chiffre est en lui-même imposant. Pour la gauche, il est évident que cette attaque de la majorité contre les lois Aubry est du pain bénit pour se requinquer. D’autant plus que, d’ici 2007, les occasions pour François Hollande de s’opposer à Jacques Chirac ne seront pas légion : le seul scrutin actuellement prévu, le référendum, l’obligera même à faire campagne avec le Président… Mais, pour le gouvernement Raffarin, cette discussion apporte également un sursis inespéré, permettant au Premier ministre de s’offrir à bon compte une image de fermeté. Pourtant, la proposition de loi qui suscite l’ire des syndicats et des partis de gauche n’a rien d’une réforme des 35 heures. Il n’est pas question de revenir sur cet « acquis social ». D’ailleurs, on aura noté que la fonction publique – qui devait pourtant fournir une bonne part des manifestants de samedi – n’est pas concernée par le dispositif. La proposition de loi Novelli-Ollier se contente de proposer d’augmenter le contingent d’heures supplémentaires. C’est sans doute nécessaire. Un peu de liberté dans ce monde de contraintes qu’est le droit social français ne sera pas mal venue. C’est, en revanche, fort loin d’une réforme des lois Aubry. Les entreprises françaises ne pourront pas en tirer une compétitivité accrue, car les heures au-dessus des 35 heures réglementaires restent des heures supplémentaires, majorées de 25, puis de 50 % : le coût du travail en France restera donc prohibitif. Ajoutons que cette réforme n’intervient pas assez tôt pour donner un signal de liberté aux entreprises et que, politiquement, elle arrive beaucoup trop tard dans la mandature : plus personne ne peut croire à l’image réformatrice d’un gouvernement qui n’en a plus que pour quelques semaines. Mais le pire est sans doute qu’on reste sur un modèle politico-économique parfaitement inadapté : on persiste à considérer que le rôle de l’État est de partager le « gâteau économique » entre les Français. Et la croissance reste, plus que jamais, aux abonnés absents…
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