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Régionales : la revanche du Front National


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Dumait Alain - jeudi 25 février 2010

regionales, fn
Comment peut-il se faire que la droite, qui a remporté largement l’élection présidentielle en 2007 (1 200 000 voix d’écart entre les deux candidats du 2e tour, et plus de six points en valeur relative) puisse perdre les élections régionales en 2010 ? Et même, être battue dans les 22 régions de la métropole ?

Il est vrai que, présentement, le président de la République n’est pas très populaire. Il dit que c’est à cause des réformes qu’il a engagées. Mais d’autres pensent que c’est à cause des réformes qu’il n’a pas engagées… Je ne sais qui a raison, mais je crois que, dans ce cas, les mécontentements s’additionnent.

Commençons par une considération d’ordre technique. Dans notre pays, chaque élection se fait avec des règles différentes. Les règles qui s’appliquent aux élections régionales du mois prochain ne sont donc pas les mêmes que celles qui s’appliquent à l’élection présidentielle, aux élections législatives, les élections départementales, municipales ou européennes. C’est comme ça. Nous préférerions les uns et les au­tres des règles simples et constantes, mais ceux qui nous gouvernent voient les choses autrement…

Dans l’histoire universelle des pays démocratiques, deux types de scrutin émergent : la proportionnelle et le système majoritaire à un tour. Le premier est plus juste quant à la représentativité, le second plus efficace pour former des majorités. Mais il n’y a qu’en France où se pratique, comme pour les prochaines régionales, le scrutin de liste majoritaire, à la fois proportionnel et à deux tours.

La seule raison de ce système compliqué est d’essayer d’éliminer le Front National qui, ne pouvant s’allier avec personne au deuxième tour, ne peut espérer avoir que quelques élus isolés. En effet, au premier tour, il lui faut d’abord dépasser la barre des 10 % des suffrages exprimés. Et au deuxième tour, si sa liste fait plus de 5 %, il participe à la répartition de 75 % des sièges à pourvoir, la liste arrivée en tête bénéficiant d’une prime de 25 % des sièges.

On dira que ces règles, fussent-elles complexes, sont les mêmes pour tous. Sauf que le FN est le seul parti à être ostracisé, aussi bien par la gauche que par la droite parlementaire. Et donc à ne pas pouvoir fusionner avec une autre liste au deuxième tour.

C’est cette stratégie dite du « front républicain » – inaugurée par Jac­ques Chirac à l’occasion du deuxième tour des élections municipales de 1983 – qui assure au deuxième tour le triomphe de la gauche. C’est d’ailleurs avec 45 % seulement des intentions de vote au deuxième tour qu’elle est actuellement créditée d’un possible grand chelem !

On me dira qu’en 2004 les choses s’étaient déjà passées ainsi, l’UMP laissant 20 régions sur 22 à la gauche. Il faut dire que la droite de type Chirac avait une dette envers la gauche, depuis 2002… Mais ne pouvait-on pas s’attendre à un autre comportement de l’actuel chef de l’État ?
Sarkozy s’était en effet fait élire le 6 mai 2007 sur un positionnement très différent de celui de son prédécesseur. Il avait su faire ce qu’il fallait pour séduire l’électorat du Front National. Que n’a-t-il assumé ce choix, en optant pour des relations plus normales avec le FN. Les élections régionales se présenteraient moins mal pour lui, et pour l’UMP…

Prendre les voix du FN, avec un discours adapté, était de bonne stratégie. L’erreur fut de ne pas la poursuivre au-delà de l’élection.
D’autant qu’au-delà des signes et des mots appropriés, aptes à plaire aux électeurs traditionnels du Front National, le candidat Sarkozy se voulait clairement le champion de toute la droite. Rien n’annonçait jusque-là « l’ouverture à gauche » et cette posture de cajolerie permanente à l’égard des adversaires les plus résolus de toute réforme que sont les apparatchiks syndicaux, alors qu’on se veut le président de la « rupture ».
Bref, avec Sarkozy, la schizophrénie politique a été portée à un point jamais encore égalé.

Sans doute, les électeurs de la droite ne vont-ils pas pour autant voter PS ou écolo. Mais ils vont avoir du mal à mettre dans l’urne un bulletin UMP.
On conçoit que la droite soit démobilisée et désorientée par l’action et le comportement du chef de l’État. Et l’on ne voit pas que la gauche soit séduite au point d’apporter ses suffrages (comme le général De Gaulle, et lui seul dans l’histoire de la Ve République, y était parvenu, en tout cas entre 1958 et 1968).

Il faut toujours respecter ses électeurs, quels qu’ils soient. Quand on se fait élire avec les électeurs du FN, il faut eux aussi les respecter, et le faire pendant toute la durée de la mandature. Sinon, les électeurs vous le font payer, et pas seulement ceux du FN !

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