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Remarques sur les « révélations » de WikiLeaks


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Bonnal Nicolas - vendredi 24 décembre 2010


Il y a trois niveaux de lecture concernant l’affaire WikiLeaks.

Le premier est celui des politiques, notamment français.
Passé le stade comique, il est bien sûr imbécile et liberticide. On veut nous faire croire qu’une officine du net aurait le pouvoir de mettre fin au secret diplomatique ; que décidément les internautes ou bien les journalistes sont bien des irresponsables ; que les démocraties sont menacées par les terroristes du réseau ; que la populace s’adonne à la bestialité médiatique comme le remarquait déjà ironiquement Debord ; enfin que les diplomates ou les politiciens occidentaux ne pourront plus travailler (si seulement c’était vrai…

Le deuxième est celui des journalistes.
Il est moins grotesque mais plus vicieux. Les journalistes veulent nous faire croire que WikiLeaks nous livre de vraies, de bonnes informations ; que certes elles sont parfois indiscrètes, mais que dans le monde actuel, « si évolué technologiquement », etc., il est impossible de contrôler l’information ; enfin que les persécutions dont sont victimes les deux artistes de ce site sont une menace pour nos libertés (ce qui est vrai, mais pas au sens où tous ces sots l’entendent).

Le troisième niveau de lecture serait celui des gens de bon sens. Il n’y en a plus, donc il est plus risqué à envisager. Mais voyons. J’ai demandé à un ami historien, membre du jury d’agrégation, ce qu’il pensait des révélations de ce site inestimable. Eh bien, il n’en pense pas grand-chose, comme moi, parce qu’il est évident que WikiLeaks ne révèle rien du tout. Quand l’opération d’intoxication a commencé, j’ai été stupéfait par le contenu plat et creux des révélations de ce site. Untel est mal élevé, un autre aime trop les femmes, une troisième ne sait pas ce qu’il veut, enfin un quidam n’est pas assez fiable. On avait l’impression d’un recueil de potins et de cancans, de ragots d’ambassade. Ils étaient d’ailleurs d’un niveau suffisamment nul pour se poser de réelles questions sur le niveau de nos élites. C’était du mauvais John Drake …

Mais mon ami historien a aussi souligné ce fait : WikiLeaks donne une image très flatteuse des Etats-Unis, seule puissance pensante et agissante dans un monde d’ignorants et d’arriérés. Ce sont nos chers diplomates étasuniens qui jugent du monde entier et en montrent les limites. On doit à l’Amérique les mensonges sur les attentats du 11 septembre, les massacres de l’Irak, les menaces sur l’Iran, la guerre aberrante de l’Afghanistan, qui a fait de l’OTAN (Otan, suspends tes vols !) l’Organisation du Traité de l’Afghanistan Nord, les coups montés des révolutions orange en Ukraine ou ailleurs, le siège de la Russie via la manipulation des Etats satellites, on doit à l’Amérique les crises bancaires et financières et les déséquilibres mondiaux, mais c’est elle qui juge le monde. Et l’on n’a droit par WikiLeaks à aucune information sur ces pénibles vérités. On a par ailleurs vu qu’aucune information ne menaçait les puissants, dans le caddie bourré de WikiLeaks. Ni les Américains, ni les Israéliens (quid de la guerre de 2006 ?), ni même les Chinois ou les Européens.

Dès lors j’émets l’hypothèse suivante. Il s’agit d’un coup monté, d’un autre coup monté, et bien monté. WikiLeaks sert à promouvoir une bonne image de ceux qui nous dirigent, en particulier les dirigeants Wasp américains, et ce au moment où ils n’ont jamais montré autant de culot et d’incompétence ; et les persécutions dont sont victimes les deux fondateurs, d’ailleurs comparés au guignol de l’année, Zuckerberg de Facebook, plus grande agence d’espionnage au monde (mais d’espionnage et de dévoilement volontaires ! O condition humaine, O Caïn content de cet œil dans sa tombe…) sont factices.

Je veux dire qu’Assange et son compère sont poursuivis faussement, ce qui sert à crédibiliser leur site de creuses informations. Les poursuites n’iront pas loin, même si la fameuse accusation de viol sent un peu tout de même ; on se croirait dans mauvais un épisode de X-Files, lorsque Mulder explique qu’il est toujours bon de trouver une K7 de pédophilie chez quelqu’un que l’on juge gênant en haut lieu…

Comme le dit John Laughland, vieille connaissance, écrivain tory et journaliste de renom international, il n’y a pas à dénoncer les conspirationnistes. Il y a à reconnaître les conspirations, et à les étudier. Elles sont de plus en plus visibles et étudiables. L’affaire WikiLeak me semble à cet égard l’écran de fumée dont le pouvoir néo-totalitaire de nos sociétés a besoin pour éloigner le danger et détourner l’attention des plus naïfs, les Ran-Tan-Plan, « ceux qui croient que »…


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