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Courrier - jeudi 25 septembre 2008

culture
C’est Versailles qu’on assassine !

Chère Madame, cher Monsieur,

Imaginez un homard géant, orange, hideux, extérieurement semblable – excepté par ses dimensions – aux bouées gonflables avec lesquels s’amusent les gamins au bord des plages. Imaginez cet objet ridicule pendu aux splendides plafonds du salon de Mars, dans les Grands Appartements royaux, à Versailles, haut-lieu de la civilisation française…
Imaginez aussi, dans le salon d’abondance, un lapin argenté ; au salon d’Hercule, un chien gonflable ; au salon de Vénus, une statue en porcelaine du chanteur Michaël Jackson avec son singe ; dans la galerie des Glaces, une lune en acier de trois mètres de diamètre ; dans l’escalier de la reine, un cœur rouge brillant enrubanné d’un nœud doré… Imaginez 16 prétendues « œuvres » de ce genre – « clownesques et pleines d’allusions sexuelles », se réjouit un site d’ « art » contemporain –, signées par le soi-disant « artiste » new-yorkais Jeff Koons, imaginez-les jalonnant les salons du plus prestigieux de nos châteaux !
Eh bien, ce cauchemar va devenir réalité. Ce bric-à-brac hétéroclite et d’un mauvais goût revendiqué, Jean-Jacques Aillagon, ex-ministre nullissime de la culture, aujourd’hui président du musée et du domaine national de Versailles, l’installe à partir du 10 septembre 2008 et pour de longs mois dans le palais du Roi-Soleil !

Buren chargé de repeindre l’escalier Gabriel

Pis encore : le même Jean-Jacques Aillagon a choisi de faire appel, pour repeindre le vaste escalier Gabriel, à Daniel Buren, auteur des colonnes tronquées, disposées comme des pissotières de luxe au Palais-Royal. L’« art » très répétitif de Buren consiste à reproduire partout des motifs rayés en noir et blanc. C’est donc dans ce goût que sera repeint l’escalier Gabriel et ce décor-là, à l’inverse des jouets gonflables de Koons, est destiné à rester en place après la fin de l’exposition.
Cette intrusion du prétendu « art » contemporain dans le palais des rois de France fait suite à celle des « œuvres » de Jan Fabre au Louvre au printemps dernier. Le crustacé géant du New-Yorkais Koons répond au ver géant du Hollandais Fabre, qui rampait parmi les chefs-d’œuvre de la peinture flamande. En réalité, ces intrusions – on peut parler de viols – répondent à une stratégie précise : voilà des années que l’« art » contemporain s’efforce de pénétrer les sites les plus emblématiques du grand Art pour les parasiter. Cette introduction est progressive : avec les colonnes de Buren au Palais-Royal, puis la pyramide de Pin dans la cour du Louvre, l’« art » contemporain assiégeait de l’extérieur les sanctuaires du grand Art. En entrant au Louvre, il a ouvert une première brèche dans leurs murs. Sa pénétration à Versailles est encore plus chargée de sens.
Cette pénétration a plusieurs buts.
Le premier et le plus évident, c’est la subversion de l’Art véritable. C’est lui qu’il faut détruire dans l’esprit de nos contemporains. Le caractère « clownesque », dérisoire, des facéties de Koons, ne doit rien au hasard : cette subversion de l’Art passe par la dérision, arme elle aussi très contemporaine. En pendant un homard au plafond des Grands Appartements royaux, on ridiculise ce que notre civilisation a produit de plus grand et de plus majestueux. Cette agression consciente est commandée par une volonté politique, au service d’un but révolutionnaire que l’« art » contemporain revendique explicitement .

Une opération de spéculation ?


Le deuxième but, c’est la spéculation. L’« art » contemporain, aujourd’hui, tourne à vide. Que signifie encore la « transgression », qui est son principe moteur, lorsque tout est transgressé ? Au-delà du blasphème, il n’est plus de provocation possible. Ayant subverti et vidé de son contenu les notions de Vrai, de Beau, d’œuvre d’art et même d’Art, l’« art » contemporain est aujourd’hui à bout de souffle et d’imagination. Indépendamment de l’ultime « transgression » qu’elle représente, son entrée dans des lieux de civilisation aussi prestigieux que Le Louvre ou Versailles valorise, par la seule comparaison de leurs déjections avec les chefs-d’œuvre du grand Art, les soi-disant « artistes » qui y sont exposés, et fait monter la cote marchande de leurs productions.
Avant d’introduire Jeff Koons à Versailles, Jean-Jacques Aillagon dirigeait, au Palazzo Grassi, la fondation François Pinault. Ledit François Pinault collectionne les œuvres de Koons, et sa fondation fait partie des soutiens grâce auxquels l’exposition a pu être réalisée à Versailles. Croyez-vous que ce soit des hasards ? Et pensez-vous que l’intérêt que porte à l’« art » contemporain Jeff Koons, ancien trader à Wall Street, tienne au hasard ? La spéculation sur l’« art » contemporain est autrement plus rentable et moins risquée que celle sur les valeurs boursières !
Reste que Versailles est un domaine national. Il est scandaleux que l’Etat se prête à cette opération à la fois subversive et mercantile ; scandaleux que Nicolas Sarkozy n’y ait pas opposé son veto ; scandaleux que Christine Albanel, ministre de la culture, l’avalise ; et scandaleux aussi que l’Etat et le Conseil général des Yvelines la financent aux dépens des contribuables. Scandaleux, mais pas surprenant : voilà des décennies, en effet, que l’Etat culturel a fait le choix du non-art contemporain – qui est même un anti-art – contre l’Art traditionnel ; des décennies qu’il lui a donné un statut d’art officiel et qu’il le subventionne aussi largement qu’exclusivement avec l’argent des Français, qui sont priés de payer sans avoir voix au chapitre. Cela représente des milliards d’euros !
Comment s’étonner, après cela, que nos compatriotes se détournent de toute forme d’art ? Car les Français, qui tiennent à juste titre l’« art » contemporain pour une supercherie, ignorent en général qu’il existe encore de véritables artistes. Ils l’ignorent parce que ces artistes-là, pourtant nombreux – je les connais, étant peintre moi-même – sont systématiquement ringardisés et bannis des médias.
En effet, l’« art » contemporain ne tolère aucune autre conception de l’art que la sienne. C’est aussi ce qu’il veut signifier en se positionnant, au Louvre et à Versailles, en héritier du Grand Art : il s’agit d’une captation d’héritage, d’une tromperie et d’un vol intellectuel caractérisés. Il existe, à ce refus de toute concurrence, une raison supérieure encore à la réticence qu’éprouvent les prétendus « artistes » à partager le gâteau des subventions : c’est que la comparaison tournerait à sa confusion, amènerait les Français à prendre conscience de son abyssale insignifiance et de la colossale mystification dont ils sont les victimes. En un mot, le roi serait nu.
Rien n’est donc fait pour les véritables artistes, qui s’obstinent par amour et passion de l’Art, souvent malgré de grandes difficultés matérielles, à tenter de maintenir et d’enrichir notre vrai patrimoine artistique.

Renouveau artistique : une association pour défendre l’Art véritable

Toutes ces raisons me conduisent aujourd’hui à créer, avec l’appui de connaisseurs de l’Art véritable et d’amateurs éclairés, l’association Renouveau artistique. Elle se fixe un double but : d’une part, elle dénoncera les intrusions du pseudo « art » contemporain dans les hauts lieux de civilisation et les gaspillages éhontés d’argent public qui financent la gigantesque opération de mystification entreprise sous l’alibi culturel ; et, d’autre part, elle fédèrera les résistances, en faisant connaître au grand public les artistes – peintres, sculpteurs, dessinateurs – qui s’inscrivent dans les plus hautes traditions de notre patrimoine artistique.
Nous vous proposons de signer une pétition pour exiger de Christine Albanel et de Jean-Jacques Aillagon qu’ils renoncent à exposer Jeff Koons à Versailles et à faire repeindre par Daniel Buren l’escalier Gabriel.

Mais notre combat ne fait que commencer. Pour le mener à son terme, nous ne pouvons évidemment pas compter sur une aide de l’Etat. Nous nous adressons donc à toutes les bonnes volontés pour nous fournir le « nerf de la guerre », sans lequel ce projet n’a aucune chance d’aboutir. Pour faire pression sur le ministre de la culture et mettre fin au scandale que constitue l’intrusion de l’ « art » contemporain dans le palais du Roi-Soleil, nous avons besoin de financer une grande campagne de pétitions. A cette fin, il nous faut réunir 10 000 euros, ce qui nous permettra de subvenir aux frais d’impression et d’envoi de 15 000 pétitions – pour commencer.
Nous ne pouvons compter que sur votre aide, ce qui est aussi la condition et le gage de notre indépendance. C’est pourquoi je fais appel à votre générosité pour financer cette campagne. Pour nous aider, il suffit de nous adresser un chèque à l’ordre de Renouveau artistique ! L’union fait la force. Il suffit que 1 000 personnes nous envoient 10 euros, ou que 500 personnes nous en envoient 20, pour nous permettre d’engager efficacement la bataille pour les arts et pour la civilisation.

Renouveau artistique
31 ter, rue du général Leclerc,
77140 Nemours.


Ce qui est en jeu, c’est le patrimoine culturel, intellectuel et spirituel que nous laisserons à nos enfants. C’est lui que je vous appelle à défendre aujourd’hui.

Christophe Thiry,
Artiste peintre

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