Rouxel Jean - mercredi 28 février 2007
elections-presidentielles, ps, royal
L’ascension de Ségolène Royal dans les sondages - qui lui a valu d’être candidate socialiste à l’élection présidentielle - résulta de son superbe isolement face aux éléphants méprisants et railleurs du PS, dont elle dédaigna le programme. Le système Royal fonctionna bien. Mais il atteignit ses limites. Gaffes, manque de perspectives, confinement dans un rôle d’assistante sociale : tout cela inquiéta. Les conflits avec le parti se multiplièrent. Elle marqua le pas dans les sondages. Son conseiller économique, le jospiniste Éric Besson, quitta avec fracas son équipe de campagne et le PS, après qu’elle eut présenté un programme promettant tout sans chiffrage sérieux. Elle comprit qu’elle ne pouvait plus braver l’appareil du parti. La féministe revancharde rendit les armes aux machos.
Elle a courbé l’échine. Elle appela donc à la rescousse ses rivaux d’hier - Laurent Fabius, Dominique Strauss-kahn - et le plus hostile d’entre eux, le hiératique Lionel Jospin. Elle a même placé celui-ci en tête d’une liste comprenant les principales personnalités du parti, composant avec les hiérarques socialistes. Ce ne sera pas toujours facile. Plutôt que de marcher au pas derrière elle, ces fortes personnalités voudront faire prévaloir leurs points de vue, tirés de leur expertise, de leur expérience du pouvoir. Avantage : ça lestera son programme, trop éthéré. Inconvénient : l’originalité de son style pourrait être ensevelie sous ce classicisme.
Jospin mit une condition à son ralliement : ne pas siéger dans « l’équipe du pacte présidentiel » au côté de Jean-Pierre Chevènement, auquel il impute sa défaite de 2002. Aussi, Royal a-t-elle créé une « coordination des formations politiques », où officient Chevènement (MRC), Michel Baylet pour les radicaux de gauche, et Hollande pour le PS. Dans cette distribution des rôles, les jospinistes ont été bien servis. Bertrand Delanoë et Martine Aubry ont rejoint l'« équipe du pacte », alors que Manuel Valls, Élisabeth Guigou et Annick Lepetit ont intégré le « pôle expression publique communication ». Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, Jospin entend reprendre en mains le PS.
Royal a compris qu’on ne se fait pas élire président de la République sans le soutien d’un puissant parti. Si elle échoue, elle subira l’implacable vengeance des éléphants. Gageons que le plus acharné sera Jospin, qui revient de loin. Pour le « retraité de l’Île de Ré », la traversée du désert semble terminée.
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