Entretien - mercredi 28 janvier 2009
retraites, regimes-speciaux
Entretien avec P.-Édouard du Cray
Directeur des études
de l’association
Sauvegarde Retraites
Vous venez de réaliser une étude très approfondie sur la retraite des députés. Pourriez-vous nous en présenter les principaux avantages ?
Ils sont nombreux. Néanmoins, parmi eux, trois se dégagent et font du régime de retraite des députés la Rolls des régimes spéciaux.
Tout d’abord, il y a le rendement du régime. Pour un euro cotisé, le député, une fois à la retraite, va toucher, en moyenne, six euros. Pour les retraités du secteur privé, le rendement est beaucoup plus faible. Pour un euro cotisé, suivant les profils, le retraité peut espérer entre un et deux euros. Ce rendement est d’autant plus intéressant, que les députés cotisent doublent les quinze premières années.
Le deuxième avantage tient au fait que la retraite des députés est très largement prise en charge par la collectivité. Les cotisations des députés couvrent seulement 12 % des charges du régime. Le reste – 88 % – est financé par une généreuse subvention que nos parlementaires s’auto-attribuent. Ce sont donc surtout les contribuables qui paient l’addition.
Enfin, le troisième avantage est de loin le plus intéressant… La retraite des députés est 100 % garantie. Le montant des pensions est connu à l’avance – 1 557 e pour un mandat, 3 114 e pour deux mandats et jusqu’à 6 230 e pour quatre mandats et demi. Si la caisse de retraite des députés connaît une mauvaise conjoncture, la subvention accordée est simplement augmentée. Dans la conjoncture actuelle, c’est inespéré !
Comment expliquez-vous que cette retraite soit supérieure à l’indemnité des parlementaires en fonction ?
Tout simplement, parce que la retraite des députés n’est pas calculée à partir de l’indemnité de base des parlementaires mais par rapport à une assiette élargie qui est égale à 136 % de cette indemnité. Si vous me demandez pourquoi, je vous répondrai simplement en citant Yvette Roudy, ancien député socialiste du Calvados : « Rien d’étonnant que notre régime soit favorable, c’est nous qui le faisons ».
Et, par rapport aux autres régimes de retraite, comment se situe celui des députés ? Est-il aussi intéressant que les régimes spéciaux d’EDF ou de la SNCF ?
Les régimes spéciaux des entreprises publiques sont encore très avantageux. C’est peu de le dire. Mais, les chiffres sont têtus. Le régime des députés est le meilleur de tous les régimes. Le calcul de la retraite est plus avantageux que chez EDF et qu’à la SNCF et, proportionnellement, les subventions encore plus généreuses.
Les retraités du régime général sont-ils appelés, comme pour les régimes spéciaux, à la rescousse pour maintenir le niveau des retraites des députés ?
Oui, pas au titre de retraités du régime général, mais en tant que contribuables. Ce qui, au bout du compte, revient exactement au même.
Quels sont les arguments de l’Assemblée pour justifier des avantages aussi exorbitants ?
Sans rire : « La précarité de la fonction ». Autant dire que le culot n’étouffe pas ! Près de la moitié des parlementaires sont issus du secteur public et, en cas d’échec aux élections, peuvent réintégrer leur emploi. Plus des trois quarts d’entre eux cumulent leur fonction avec des mandats locaux souvent très bien rémunérés… Il n’y a vraiment pas de quoi faire pleurer Margot !
L’argument est d’autant plus fallacieux que, lorsqu’il part à la retraite, un député se contente rarement de sa super-retraite parlementaire… Beaucoup la cumulent avec deux ou trois autres pensions : retraite Ircantec, Fonpel ou Carel pour les élus locaux, retraite de fonctionnaire ou du privé, sans oublier que certains sont passés par le Sénat ou le Conseil Économique et Social dont les régimes s’avèrent tout aussi généreux que celui des députés !
Voir aussi : http://www.sauvegarde-retraites.org/article-retraite.php?n=531
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