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Retrouver les voies de la grandeur française


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Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 16 juillet 2008


La caste politico-médiatique qui occupe le pouvoir en France a une singulière conception du rôle de notre pays dans le monde. Et une conception profondément contradictoire. D’une part, elle multiplie les « cocoricos » grotesques en donnant des leçons de morale au monde entier ; d’autre part, elle ne cesse de clamer que la France est un « petit pays », paradoxalement responsable de tous les malheurs de la planète, puisqu’il nous faut faire repentance pour tout et n’importe quoi !

L’une des raisons de la victoire de Nicolas Sarkozy tient d’ailleurs à sa rupture, durant la campagne présidentielle, avec ce discours ambiant : il proposait à la fois d’en finir avec les inutiles insultes à l’égard de nos alliés et d’en finir avec la repentance. Malheureusement, cette « révolution culturelle » a été de courte durée. Pourtant, elle reste plus que jamais une nécessité. Non pas seulement pour des raisons idéologiques, mais aussi, et surtout, pour des raisons de stratégie et de bonne politique.

Faute de regarder notre pays pour ce qu’il est, une grande puissance à laquelle il manque des élites à la hauteur, nous cessons réellement d’être une grande puissance. Le peuple français manque aujourd’hui cruellement de vitalité, non pas principalement par sa faute, mais parce qu’il est accablé d’insultes (sommé en permanence de se reconnaître coupable) et harassé de déclarations démoralisantes. La caste au pouvoir refuse de lui donner des perspectives d’avenir capables de le réveiller et de lui faire accepter les sacrifices nécessaires pour retrouver la voie de la grandeur.

Prenons un exemple. Si la réduction de la dette publique était accompagnée d’un discours raisonné sur l’indépendance nationale, elle serait non seulement supportée, mais acceptée avec enthousiasme. Mais s’il s’agit simplement de se conformer à de lointains « critères de Maastricht », comment peut-on imaginer que les Français s’y soumettent de bon gré ? En d’autres temps, on refusait de « mourir pour Dantzig », rien n’a changé : les sacrifices ne sont acceptés que si l’on comprend leur but…

Les déclarations démoralisantes ont aussi pour conséquence de nous faire « avaler » sans esprit critique le fait que « la France ne peut pas se débrouiller toute seule dans la mondialisation ». Si on entend par là qu’il convient de nouer des partenariats avec d’autres pays, cela tombe sous le sens et la France n’a pas attendu la mondialisation de la fin du XXe siècle pour cela. Mais, si on entend par là qu’il n’est pas d’autre avenir pour la France que de se fondre dans un magma plus grand qu’elle, cela devient nettement plus contestable. C‘est pourtant ainsi que l’on nous « vend » l’intégration européenne ou le retour dans l’OTAN. Or, il existe d’autres formes de coopération internationale que ces intégrations poussées. Rappelons que la plupart des grands succès attribués à « l’Europe », comme Airbus, sont précisément des coopérations entre pays et non des actions de l’UE.

Pour l’OTAN, on peut fort bien penser qu’il faille revenir dans le commandement intégré. Mais le moins que nous puissions exiger des politiques, c’est qu’ils nous disent quelles sont les autres options disponibles, quels sont les intérêts de cette solution particulière et quelles en seront les conséquences. Au lieu de quoi, tout se passe comme si la trop fameuse « politique du chien crevé au fil de l’eau » était l’unique « stratégie » et comme si le discours implicite était le suivant : nous n’avons plus les moyens d’être une grande puissance, abandonnons-nous dans les bras du grand frère américain et laissons-lui la charge de notre défense…

Si l’on choisit le retour dans le commandement intégré de l’OTAN, il y faut de la cohérence : il faut renforcer, pour le bien même de l’Alliance atlantique, les domaines où nous sommes bons, abandonner ceux où nous sommes mauvais, nous interroger sur ce qui est indispensable et ce qui ne l’est pas… Et il faut également accepter qu’à côté d’une défense intégrée, nous ayons également une diplomatie assez largement intégrée. Nous ne pouvons pas aller dire aux Africains : résistez aux intrusions des Américains sur votre marché intérieur, et demander en même temps aux Américains de nous protéger !

Si nous étions tranquillement conscients de la grandeur de notre pays, du fait qu’il est loin d’être condamné à mort – sinon par la médiocrité de ses « élites » et par la torpeur de son peuple, deux choses assez facilement réparables… –, nous pourrions tout à la fois préserver nos intérêts, nous faire respecter et jouer, dans le monde polycentrique qui naît sous nos yeux, un rôle à notre mesure, sans être ni une « hyperpuissance », ni un État insignifiant. Ce n’est pas une réforme ; c’est une révolution culturelle !

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