Menou Pierre - dimanche 03 janvier 2010
identite-nationale
Le Parisien du 31 décembre évoquait le « débat sur l’identité mal maîtrisé » qui serait, avec l’annulation de la taxe carbone, à l’origine de la baisse de la cote de popularité du président de la République :
« Lancée par le ministre de l’Immigration Eric Besson avec l’aval du président, cette vaste consultation atourné à la confusion avec une incroyable série de dérapages verbaux, dont certains carrément racistes. La communauté musulmane s’est sentie visée. Et de nombreuses voix à droite comme à gauche ont demandé l’arrêt du débat. »
« Dans un pays où il n’est permis de rien dire, même les ministres qui ont fait la preuve de l’esprit le plus "républicain", c’est-à-dire le plus totalitairement correct, sont pris au piège de deux ou trois libres propos qui ont pu leur échapper », confirme Hilaire de Crémiers dans le numéro de Politique Magazine de janvier 2010. « Et les voilà mis d’en l’obligation de s’en défendre ou d’en faire repentance ! Il faut donc faire vite. Début février, tout sera clos. »
Clos, mais comment ? Sur quelles bases ? Avec quelles arrière-pensées ?
« Le débat, dit-on, est mal enclenché », analyse encore Hilaire de Crémiers. « (…) Les Français et les non-Français sont invités à dire ce qui constitue l'identité nationale française. Mais il ne fait aucun doute, dans le "kit", que c'est le mot "valeurs" qui décide de tout, ce mot si mal choisi mais qui est de mode dans tous les discours ; le voici mis à toutes les sauces de cette identité ! (…) L'essentiel dans l'enquête est là, qu'il faut méditer pieusement comme "nos valeurs" constitutives : la démocratie, la République, la Liberté, l'Egalité, la Fraternité superbement majusculaires, l'égalité homme-femme, les services publics, la solidarité, bref, "tout le tremblement" connu, archiconnu qui fait les choux gras de la rhétorique politicienne et journalistique, sans qu'à aucun moment un seul de ces mots soit exactement défini ou compris. »
Nicolas Sarkozy y recourt lui aussi, comme le soulignent dans Le Monde du 2 janvier Sophie Landrin et Arnaud Leparmentier : dans ses vœux aux Français, le président n’a pas hésité « à reprendre le concept de "fraternité", scandé au Zénith en septembre en septembre 2008 par la socialiste Ségolène Royal », un mot « nouveau dans le langage du chef de l’Etat », relèvent les journalistes, qui commentent : « Après avoir droitisé son discours pour rassembler son camp, M. Sarkozy entend maintenant donner des gages au centre gauche », dans la perspectives des élections régionales.
En lançant ce débat sur l’identité nationale, avait-il mesuré à quel point cette question est piégée ? La poser, ce n’est pas seulement souligner la contradiction des deux France, d’une part celle héritée de l’histoire, forgée par la royauté et modelée par le catholicisme, de l’autre celle issue de la Révolution, vecteur de son idéologie et de ses « immortels principes » ; c’est aussi et surtout poser la question du devenir français, désormais indissociable de celle de l’immigration, du métissage et du cosmopolitisme.
C’est ce que veut signifier Martine Aubry lorsqu’elle déclare : « La France est un pays qui s’apprend plus qu’il ne s’hérite ». Nicolas Sarkozy et Eric Besson pensent-ils différemment ?
Selon Le Monde, Nicolas Sarkozy aurait confié à ses proches qu’il ferait des « propositions » le 4 février, date de la clôture du débat et qu’il y aurait des « surprises ». Il y a de quoi s’inquiéter.
Pierre Menou
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