Menou Pierre - dimanche 06 décembre 2009
islamistes
Faut-il abolir le référendum, ou tout simplement le peuple ?
« A 57,5 %, les Suisses ont dit non à l’érection de minarets sur leur sol. Scandale ! L’Helvète, jusque-là modèle de citoyen paisible et pacifique, devient le… mouton noir de l’Europe. Avec ses "votations" à répétition, la démocratie helvétique est pourtant un modèle. Y compris pour la France, qui ferait bien de s'en inspirer et de réformer très vite sa Constitution. »
Ces lignes de Bruno Larebière, dans Minute du 2 décembre, ne reflètent pas, mais alors pas du tout, le ton général de la presse française au lendemain du référendum suisse. La démocratie, quand elle contredit les attentes de nos élites, cesse d’être fréquentable. Pour tout dire, il ne s’agit plus de démocratie, mais de « populisme ».
C’est ce que signifie, par exemple, un article d’Emilie Cailleau publié le 30 novembre sur le site de L’Express.fr, sous le titre « Le vote suisse ou les limites du référendum populaire », et sobrement surtitré : « Populisme ».
« Les résultats du vote suisse sur l’interdiction des minarets embarrassent en France les partisans du référendum d’initiative populaire, écrit la journaliste. Ils pointent les dérives populistes d’une telle consultation. »
« En France, les politiques ont réagi à chaud pour contester l'objet du vote. Mais peu ont spontanément critiqué la méthode elle-même. Seul Hervé Morin (NC), sur France Inter, s’y est risqué, s'interrogeant sur les limites de l'exercice : "Le référendum c'est bien, mais quand le référendum devient un facteur de populisme, cela devient plus gênant. Il y a d'abord un problème de forme parce que ce sont des questions compliquées qui n'appellent pas une réponse simple", a-t-il expliqué. »
Les citoyens débattent, les représentants décident
La pratique du référendum d’initiative populaire, rappelle Emilie Cailleau, est inscrite dans la Constitution depuis la réforme constitutionnelle de juillet 2008, « mais n'est jamais entrée en application en l'absence d'une loi organique ». Gageons qu’on attendra encore longtemps cette loi organique…
Les Verts et Ségolène Royal, qui s’étaient prononcés pour le référendum d’initiative populaire lors de l’élection présidentielle de 2007, tentent de sortir de la fâcheuse contradiction où les place le choix du peuple suisse.
« Il ne faut pas confondre la démocratie participative telle que Ségolène Royal la conçoit, et cette forme très particulière de démocratie directe telle qu'elle se pratique en Suisse par le biais de la votation », déclare à L’Express.fr le porte-parole de l’ex-candidate socialiste, Najat Vallaud-Belkacem. « Nous voulons que les citoyens débattent, qu'ils fassent valoir leur expertise, qu'ils prennent la parole librement et qu'ils contribuent activement au renouveau de l'action politique : jamais, Ségolène Royal n'a proposé que les citoyens décident à la place de leurs représentants élus au suffrage universel. »
Qu’ils causent, d’accord ; mais de là à les prendre au sérieux…
Du côté des Verts, Djamila Sonzogni, porte-parole du mouvement, reconnaît être « embêtée car nous sommes pour le référendum populaire et la démocratie participative. Je ne remets pas en cause la votation citoyenne, je suis pour consulter les citoyens sur tous les sujets mais la démocratie participative doit s'accompagner d'un débat en amont. »
En somme, le bourrage de crânes, en Suisse, est resté insuffisant.
Faut-il empêcher les votations populaires ?
Car enfin, comment expliquer autrement que les Helvètes aient si mal voté ? A tout le moins, « Le vote anti-minaret ne révèle-t-il pas une sérieuse faille dans le modèle référendaire helvétique ? » demande Agathe Duparc, journaliste du Monde, à Micheline Calmy-Rey, en charge du Département fédéral suisse des Affaires étrangères.
« Ce n'est pas parce que le résultat du vote déplaît qu'il faut parler d'une faille », répond avec un bon sens suisse Micheline Camy-Rey. « La démocratie participative permet à des problèmes de société aigus de remonter à la surface beaucoup plus vite et plus directement, et d'éviter ainsi des réveils plus brutaux. La Suisse n'est pas un pays de révolutions. Les gens s'expriment et n'ont pas peur de dire des choses. Je suis assez sûre que si ce vote avait eu lieu ailleurs, en France par exemple, il aurait donné le même résultat. »
Aïe ! La réponse ne fait pas l’affaire de la consoeur mondaine, qui pose alors la question du contrôle du référendum : « sur des questions aussi émotionnelles ne faudrait-il pas empêcher les votations populaires ? »
« Si vous allez au bout de ce raisonnement, vous arrivez à la conclusion qu'il faut supprimer la démocratie participative, l'encadrer, bref la remettre en cause », objecte Micheline Camy-Rey. « Personne ne le souhaite (voire !). Bien sûr, la compatibilité des engagements internationaux de notre pays, comme la Convention européenne des droits de l'homme, avec les résultats de certains votes se pose. La Cour européenne des droits de l'homme pourrait être amenée à se prononcer en cas de recours. »
Allons, tout n’est pas perdu ; pour bâillonner les peuples, on peut encore compter sur l’euro-technocratie.
Pierre Menou
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Les Suisses choisissent le réalisme
Rien n’est jamais totalement impossible, même de trouver un bon article sur le site de Marianne. En l’occurrence, celui-ci est signé par Philippe Bilger et s’intitule « Après le vote suisse, des torrents de bonne conscience en France »
J’en livre ici quelques extraits, il est possible de retrouver le texte complet sur Marianne2.
« Le vote des Suisses démontre qu’il est impossible, chez eux comme chez nous, de prétendre fabriquer un peuple "sur mesure", écrit Philippe Bilger. Quand on lui donne la parole, il la prend, et il la prend comme il veut. Ce n’est pas la peine de porter atteinte au décret populaire clair et net en blâmant son inspiration qui viendrait d’un "parti populiste", l’UDC. Celui-ci n’avait pas placé un couteau sous la gorge de tous les opposants à la construction de nouveaux minarets dont je souligne qu’ils sont dissociables des mosquées. Le minaret fait passer en quelque sorte de la liberté religieuse à une révolution sociologique, à un décor superfétatoire. » (…)
« Ce qui me semble plus sérieux, c’est la réflexion que doit susciter ce résultat sur un certain discours abstrait dont la pompe morale s’affirme jour après jour irrésistible. Je veux parler des propos lassants et convenus sur la diversité, les différences. Le singulier d’un pays serait fatalement enrichi par un pluriel multi culturel. » (…)
« Mais les Suisses auraient-ils dû comme par magie succomber à ces concepts de diversité et de différences ? N’avaient-ils pas le droit de déserter ces formes vides, ces concepts creux ? Qui aurait eu assez de talent et de conviction pour les entraîner avec enthousiasme vers un pays nouveau avec beaucoup de minarets et un sentiment d’étrangeté au cœur de la plupart de ses habitants ? Qui se serait senti capable, preuves à l’appui, de démontrer que diversité, différences et multiculturalisme n’étaient pas que des oriflammes battant à un vent à la mode mais des valeurs à ancrer dans l’existence collective d’un Etat, parce qu’elles allaient l’enrichir, l’ennoblir et le faire progresser ? Personne évidemment, parce que le poncif rassure mais que la réalité, la plupart du temps, le dément. »
« Il y a les minarets en Suisse et il y a les réactions en France. Un exemple qui fera comprendre que les inquiétudes dépassent les frontières et qu’elles sont également ignorées. (…) Où est le vrai pour tous ces nœuds de la vie sociale, du destin d’un pays quand les élans du cœur et les rêves de tolérance se cognent contre l’insupportable réalité ? Est-il forcément indécent d’avoir du mal à supporter certaines situations ou à accepter un avenir quand on ne sait pas comment affronter les premières et qu’on a peur du second ? Quand on craint d’être noyé ? Est-il vraiment indigne de répondre non ?
Comme en Suisse. »
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