Lance Pierre - samedi 22 mai 2004
On estime qu'entre le 6 avril 1994 (date de l'assassinat du Président Habyarimana) et l'automne 1996, la guerre civile du Rwanda fit au moins 2 millions de morts, peut-être même 3 millions, femmes et enfants compris, dont environ 1 million appartenant en majorité à l'ethnie Tutsi, durant les cent premiers jours. La plupart des victimes furent décapitées ou éventrées à la machette, outil traditionnel et arme blanche du pays. La longue enquête du TPIR (Tribunal Pénal International du Rwanda) est loin d'être close. Si des meurtriers de la base ont déjà été condamnés, on ignore toujours qui a assassiné le Président et si le génocide a été prémédité et planifié et en ce cas, par qui. On sait seulement qu'à partir d'avril 1994, la minorité Hutu, qui détenait tous les leviers du pouvoir, a entrepris le massacre systématique des ressortissants de l'ethnie Tutsi. Qu'est ce qui a pu amener des dizaines de milliers de paysans, ouvriers ou employés Hutu, sérieux, laborieux et chrétiens pratiquants, à se transformer soudainement en assassins impitoyables et à tenter d'exterminer les membres d'un peuple parlant la même langue et avec lequel ils vivaient en symbiose depuis des siècles. Pour tenter de clarifier cette énigme, il faut lire le livre de Bernard Lugan « Rwanda : le génocide, l'Église et la démocratie » (Ed. du Rocher). L'auteur s'y efforce de démêler l'écheveau des causes historiques qui ont pu engendrer un tel cataclysme humain. Remontant loin dans l'histoire pré-coloniale, il nous explique comment se fit cette imbrication des deux peuples Hutu et Tutsi. Puis il analyse la période coloniale, allemande jusqu'en 1919, belge ensuite et nous montre comment les Européens, imbus de la supériorité de leur civilisation, ignorants et dédaigneux des structures traditionnelles et des mentalités locales, détruisirent peu à peu la cohésion nationale, tout en étant animés de ces « bonnes intentions » qui pavent tous les enfers terrestres. Bernard Lugan énumère froidement les responsabilités et ne fait grâce à personne : « S'il est évident - écrit-il - que le génocide du Rwanda a bien été commis par des Rwandais, un tel crime national ne fut cependant possible que parce que la société rwandaise avait auparavant été irrémédiablement déstructurée par le placage d'idéologies étrangères comme la démocratie puis le multipartisme. Le génocide était également inscrit dans l'histoire à partir du moment où les équilibres démographiques furent rompus. Avec le recul du temps, il est possible de dire que ceux qui l'ont permis sont : - Ces missionnaires qui, dans un premier temps, entre 1900 et 1950, ont sapé les bases sociopolitiques du Rwanda traditionnel. (...) - Ces responsables de l'administration coloniale belge (...) qui, entre 1958 et 1961, décidèrent contre leurs autorités de tutelle de donner à la révolution hutu soutenue par l'Église catholique les moyens de l'emporter. - Ces agents de la coopération française qui, de 1981 à 1994, par autisme idéologique, ont refusé d'écouter les connaisseurs du Rwanda, décidant d'appuyer, envers et contre tout, le clan hutu présidentiel… (...) - Ces Églises chrétiennes qui, dans ce pays surpeuplé et à la démographie suicidaire, ont, de 1960 à 1994, interdit aux gouvernants de prendre en compte le fait que la population augmentait de 50 % tous les dix ans et que le Rwanda compterait 50 millions d'habitants en 2040 pour seulement 18 740 km2 de terres cultivables… La responsabilité de ceux qui ont torpillé tous les projets de contrôle des naissances est donc considérable. » J'ai déjà écrit dans ces colonnes que tous ceux qui condamnaient la contraception et l'avortement, donc les chefs religieux de toutes obédiences, qui ne font rien d'autre dans le monde entier que de la politique sournoise, étaient des criminels inconscients qui préparaient à l'humanité des hécatombes sans précédent, ce que le génocide rwandais illustre dramatiquement. En outre, ils se rendent complices de la déforestation et de toutes les pollutions, évidemment proportionnelles au nombre excessif des humains, qui détruisent peu à peu la nature terrestre. Ces gens prétendent la vénérer sous le nom de « création divine », mais ils la trahissent obstinément. Car ils ont des yeux et ils ne voient pas… Ils ne veulent surtout pas regarder !
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Bernard Lugan Rwanda : Le génocide, l’Église et la démocratie Éditions du Rocher 234 pages - 19 e
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