|
|
Salut l’Abbé ! |
|
Lance Pierre - mercredi 31 janvier 2007
religion, immigration
« Les morts sont tous de braves types », chantait Brassens ironiquement. Mais il arrive que ce soit vrai. Et Henri Grouès, dit l’Abbé Pierre, était non seulement un brave type mais aussi un type brave, n’hésitant pas à houspiller l’État, et même l’Église.
Certains de nos lecteurs s’imaginent que « je bouffe du curé ». Grosse erreur. J’ai toujours considéré les prêtres comme les premières victimes de la religion, et comme tels ayant droit à toute ma compassion, ce que je dis sans la moindre ironie. (Je parle des curés de paroisse, bien sûr, et non des cardinaux). J’ai très bien connu un vieux curé de 80 ans passés (j’en avais 18 à l’époque), qui m’accordait son affection et nous plaisantions ensemble volontiers. Il avait renoncé à me convertir, car je lui disais toujours : « Si Dieu existe, il n’a qu’à me téléphoner. » - « Il le fera à son heure », me répondait-il avec un bon sourire. Et nous parlions d’autre chose. J’attends toujours ce coup de fil, évidemment, Dieu étant de toute éternité aux abonnés absents.
Ceci pour vous dire que je ne suis pas indifférent à la disparition de l’Abbé Pierre, qui s’est efforcé toute sa vie de mettre l’Évangile en pratique. (Que l’Église catholique n’ait pu accoucher au xxe siècle que d’un seul et unique Abbé Pierre a de quoi laisser songeur…) Si estimable qu’ait été son engagement sur le plan de la sincérité, nous devons objectivement examiner les conséquences auxquelles aboutirait une « politique de l’Abbé Pierre », si d’aventure elle était appliquée.
Car ce chrétien authentique n’a pas seulement pris fait et cause pour les sans-abri, mais aussi pour les sans-papiers, ce qui revient à tenter de se mettre en selle en sautant par-dessus le cheval. Supposons en effet qu’un miracle fasse soudainement sortir de terre tous les logements qui manquent aux démunis, lesquels comportent une proportion considérable de sans-papiers, c’est-à-dire d’immigrés clandestins, et les échos de ce miracle se répercutant aussitôt jusqu’au fin fond de l’Afrique et de l’Asie, nous aurions sur les bras, trois semaines plus tard, exactement autant de sans-abri, et plutôt davantage, que si ce miracle n’avait pas eu lieu.
L’Abbé Pierre aimait son pays, au point qu’il fut un résistant à l’invasion allemande durant la dernière guerre. Cela lui sembla naturel, parce qu’il s’agissait d’une invasion armée. Mais, désarmé par le christianisme comme d’autres le sont par le socialisme (qui sont les deux formes cousines de l’altruisme aveugle, systématique et autodestructeur), il ne pouvait envisager de résister à l’invasion des faméliques. Tant il est vrai qu’il est plus facile de résister à ceux qui abusent de leur force qu’à ceux qui abusent de leur faiblesse, surtout si l’on est sincèrement chrétien.
Comment l’Abbé Pierre aurait-il pu faire une différence entre un Français malheureux et un Ivoirien malheureux ? Jésus-Christ n’a-t-il point parlé pour tous les hommes ? Sans doute, sauf qu’à l’époque de Jésus il y avait 300 millions d’humains sur la planète et qu’il y en a aujourd’hui 6 500 millions, c’est-à-dire vingt fois plus. Car le monde change, et ceux qui ne changent pas de doctrine deviennent des dinosaures. Je vous parie que si Jésus revenait aujourd’hui, il vous dirait qu’il faut, pour assurer la paix au monde, loger les Français en France et les Africains en Afrique, les Turcs en Turquie et les Mexicains au Mexique... De sorte qu’il risquerait d’être crucifié de nouveau par les bien-pensants du jour. (Je n’ose pas dire « diabolisé »…)
Une étrange coïncidence a voulu que le jour même où nous perdîmes l’Abbé Pierre, nous perdîmes un candidat potentiel à l’Élysée : Nicolas Hulot, qui nous annonça qu’il renonçait à se présenter. Ces deux hommes avaient un souci en commun : celui de l’avenir de l’humanité. Tandis que le premier aurait voulu qu’on puisse nourrir tout le monde, le second se préoccupe de sauvegarder la terre nourricière. Ne serait-ce point complémentaire ?
Je regrette que Nicolas Hulot n’ait pas attendu le tout dernier moment pour se désister. Il bénéficiait de 11 % d’intentions de vote, ce qui flanquait la pétoche aux candidats stars de la droigauche. Il aurait pu exiger des garanties quant au pacte écologique, que les politiciens risquent fort d’oublier très vite, même s’ils l’ont signé. Qui verra vivra…
44 commentaires - Ecrire un commentaire
|
France Télévision
France Télévisions réclame le droit de diffuser plus de publicité pendant ses émissions. Le député UMP Frédéric Soulier pourrait déposer un amendement - allant dans ce sens - à la loi sur la « télévision du futur » que les députés s’apprêtent à voter.
Medias
TF1 > Les 5, 12, 19 et 26 février, TF1 proposera quatre soirées intitulées « J’ai une question à vous poser » : des grands débats participatifs, animés par PPDA, où un candidat à la présidentielle (Sarkozy pour la première émission) sera face à un panel de 100 Français.
FR3 > La femme de Bernard Laroche, un temps soupçonné du meurtre du petit Grégory Villemin, dont le corps fut retrouvé en octobre 1984, et sa belle-sœur, assignent FR3 en justice, pour diffamation, pour son téléfilm « L’Affaire Villemin ».
«Libération» > Sont candidats au départ 62 salariés (dont 49 journalistes) de « Libé », parmi lesquels Antoine de Gaudemar, directeur de la rédaction, Sorj Chalandon, prix Albert-Londres, Pierre Haski, directeur adjoint de la rédaction, Nicole Pénicaut, rédactrice en chef du service économie, Serge Loupien, chef des sports et spécialiste de jazz.
«Les Échos» > Le groupe britannique Pearson - qui édite aussi le « Financial Times » - cherche à vendre le quotidien « Les Échos », fondé en 1908 par Robert et Émile Servan-Shreiber.
Lagardère > Le pôle médias de Lagardère a annoncé un plan sur trois ans, prévoyant la fermeture de magazines et la réduction de 7 à 10 % de ses effectifs mondiaux (suppression de 693 à 990 postes sur 9900, dont 245 à 350 sur 3 500 en France). Var-Matin, Nice-Matin et La Provence pourraient être cédés. |
|
|
|